Le blog de Tënk > Programmation

•• Cette semaine sur Tënk – Visions du Réel

8 avril 2022

Six ans d’écart

Quelques données de l’Insee, pour commencer.
« En 2009-2013, l’écart entre l’espérance de vie des cadres et celle des ouvriers est de 6,4 ans pour les hommes et 3,2 ans pour les femmes. (…) Les ouvriers ont un risque plus élevé de mourir prématurément. Par exemple, un homme de 35 ans soumis toute sa vie aux conditions de mortalité de 2009-2013 a 18 % de risque de mourir avant 65 ans s’il est ouvrier, contre 7 % s’il est cadre (respectivement 8 % et 4 % pour une femme). » (1)
Ou encore : « Parmi les 5 % les plus aisés, l’espérance de vie à la naissance des hommes est de 84,4 ans, contre 71,7 ans parmi les 5 % les plus pauvres, soit 13 ans d’écart. » (2)

Notre Coup de cœur de la semaine porte un nom qui a presque une odeur : L’Huile et le Fer. L’huile qui huile le fer des outils et des scies, l’huile des coudes qui toutes leurs vies charrient du bois ou sortent un légume de terre. Nous sommes très heureux de vous présenter enfin ce très beau film que Tënk a accompagné lors de sa production. Un moyen métrage qui sous sa douceur porte une grande colère : celle d’un fils qui a vu son père se tuer à la tache, qui a vu tout son entourage ouvrier vivre une vie de labeur insensé. Un film qui questionne l’idée même, bien fichée en nous, que le travail serait une valeur pour laquelle nous devrions tout naturellement sacrifier notre santé, notre temps, tout. À voir !

●●

Ce film faisait partie de la compétition internationale de Visions du Réel en 2021. Nous consacrons cette semaine toute notre programmation à cet important festival qui se tient en ce moment même à Nyon, Suisse. Avec notamment Heimat ist ein Raum aus Zeit de Thomas Heise, un « roman familial » impressionnant, une épopée dans les paysages et l’Histoire de l’Allemagne au 20e siècle, qui reçut en 2019 le Sesterce d’or, c’est-à-dire le prix du meilleur long métrage de la compétition internationale. Découvrez également The Plastic House, une exploration intime de la notion de deuil, ou encore À la recherche d’Aline, de Rokhaya Marieme Balde, qui part sur les traces d’Aline Sitoé Diatta, figure de la résistance anti-coloniale au Sénégal dans les années 40. Un film auquel nous avons remis l’an dernier le Prix Tënk-Opening Scenes, qui couronne un premier court métrage.

●●

Cette année le festival met à l’honneur un grand réalisateur italien : Marco Bellocchio, dont le nouveau film, Marx peut attendre – un documentaire – fut présenté à Cannes l’année dernière. Cinéaste politique et engagé, Marco Bellocchio a signé plus d’une cinquantaine de films, alternant fictions et documentaires.

Nous avons choisi de vous montrer son tout premier long métrage – une fiction : Les Poings dans les poches. L’histoire d’un jeune homme épileptique qui entreprend de détruire son carcan familial… Un film qui marqua fortement le cinéma italien lors de sa sortie, et qui annonçait les révoltes de 1968… (Le film ne sera disponible sur la plateforme qu’à partir de lundi 11 avril)

Fous à délier date, lui, de 1975. Cette co-réalisation s’intéresse au système psychiatrique italien des années 70 et aux expérimentations menées pour le réformer, voire le révolutionner. Le film « suit l’histoire de jeunes délinquants en rupture qui ont quitté la maison de correction pour entrer directement à l’asile. Leurs témoignages, très forts, alternent avec des moments de dénonciation collective, destinés à clamer que le mal-être et la souffrance des protagonistes ne sont que le produit d’une structure sociale corrompue et malade » nous dit Daniela Persico, notre programmatrice. L’une des œuvres les plus militantes de Marco Bellocchio.

Bons films !