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•• Cette semaine sur Tënk

29 octobre 2021

« Je ne pense pas que le documentaire soit différent d’autres pratiques ou de la fiction en ce qui concerne l’importance de la subjectivité, ou de l’expression subjective. Ce que vous voyez dans un documentaire est une vision subjective et reconstruite de la réalité. (…) Quand vous faites un documentaire, vous déconstruisez la réalité et la reconstruisez d’une manière qui peut être très différente, qui peut ne correspondre qu’à votre manière de la voir. (…) Aucune réalité n’entre dans l’objectif d’une caméra pour en ressortir telle quelle. Entre l’objectif et l’écran, il y a toujours la tête de quelqu’un. » *

La tête d’Avi Mograbi, on la connait bien : le réalisateur israëlien est coutumier de l’auto-mise en scène. Et les choses qui lui passent par la tête, il nous les offre sur l’écran. Nous vous proposons cette semaine trois de ses films en écho à l’hommage qui lui est rendu en ce moment au festival Dok Leipzig. Trois films dans lesquels le réalisateur déploie ses inventions formelles qui toujours témoignent de manière profondément engagée de l’état de la société israëlienne.

Tordre les images ? Manier l’ironie, le burlesque ? Jouer avec le langage cinématographique ? Jouer avec… la « réalité » ? « Il y a toujours ce moment où vous mettez toute la nourriture ensemble et lui faîtes quelque chose de très violent : parfois vous ne reconnaissez plus les carottes que vous avez mises dans la machine. Tout le monde fait la même chose, et il n’y a que des menteurs pour prétendre le contraire. Ce sont d’eux qu’il faut se méfier. (…) Il ne s’agit pas de représenter la réalité comme elle est, mais d’être cohérent, de faire quelque chose qui peut vraiment dériver, ou provenir de la réalité – cela d’une façon subjective, puisqu’il n’y en a pas d’autres. » *

Vous pouvez également retrouver ici un entretien avec Avi Mograbi mené par Jean-Marie Barbe en août dernier (avant l’explosion) aux États Généraux du film documentaire, dans lequel le réalisateur parle de ses films et en particulier de son dernier, Les 54 Premières Années – Manuel abrégé d’occupation militaire.

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Découvrez ci-dessous les trois autres films de notre programmation de la semaine : le contemplatif Empreinte, qui vous fera entrer dans les fascinantes vibrations du chant diphonique, utilisé comme remède apaisant par un homme dans les Pyrénées pour soigner bêtes et humains : faire résonner les corps pour modifier nos équilibres… Dans Premières solitudes, ce sont les récits et conversations de lycéens qui résonnent entre eux, pour tracer le portrait d’un âge de la vie où l’on tente de se construire avec des fondations parfois un peu bancales… Enfin, CHoisir à vingt ans, avec CH, comme Confédération Helvétique, là où se réfugièrent des centaines de français réfractaires à la guerre d’Algérie, dont ce film retrace le parcours, entre 1954 et 2016…

Bons films !

* Citations tirées d’un entretien avec Avi Mograbi, Revue Débordements, juillet 2013.