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•• Cette semaine sur Tënk – Tout voir ou pas

16 décembre 2022

Tout voir c’est obscène. Il n’y aura plus de nuit utilise des images qui veulent tout voir, tout le temps, depuis partout : celles captées par les militaires sur les terrains où ils opèrent. Celles captées en particulier par des drones depuis une lointaine cabine. Lorsque c’est la nuit, les humains y sont des silhouettes blanches, c’est-à-dire pleines de chaleur. Aussi blanches, aussi chaudes que des moutons ou des voitures. Tout voir, c’est une première violence. Mais ces images ont un but : surveiller et tuer. Le film rend compte de cette violence extrême transfigurée en pixels : on y tue des gens de loin. Avec des joysticks. En visio. En distanciel. C’est un film très marquant, et dur, qui donne à voir ces images – on se rappelle les wikileaks de 2010 – accompagnées d’une voix qui apporte la distance et la réflexion nécessaires. “Jusqu’où peut mener le désir de voir, lorsqu’il s’exerce sans limite ?” C’est une passionnante question pour un passionnant film.


17 Blocks offre lui aussi une captivante mise en scène : voilà un film qui se déroule sur 20 ans ! Et dont les images sont en partie fabriquées par les protagonistes eux-mêmes. 20 ans de la vie d’une famille étasunienne à Washington, dans un quartier difficile et pourtant tout près de la colline du Capitole – exactement à 17 “patés de maison”, comme on dit en français du terroir. Emmanuel, Smurf, Denice ou encore la mère Cheryl, nous les voyons évoluer sur la durée, et nous les voyons aussi se débattre avec le déterminisme social, la pauvreté, la drogue et la violence. Dany Rothbart, le réalisateur, très proche de la famille, nous embarque à pleine énergie dans ces destins, pour un film riche en émotions qui tient véritablement en haleine. Un film sorti en salles en 2021, et qui avait reçu le label Oh My doc !


Nous consacrons cette semaine une partie de notre programmation au festival Vrai de Vrai, qui a eu lieu en novembre à Paris, et qui présente tous les films de l’année ayant reçu une Étoile de la Scam – la Scam, société civile des auteurs multimédia, dont Tënk est partenaire depuis toujours.

Trois films qui portent en eux une sorte d’apaisement, qui célèbrent une forme de beauté, même en déséquilibre, même en péril. Il y a le quotidien mesuré, ritualisé, d’un couple japonais – lui est samouraï – parmi les esprits de la nature, dans Akeji, le souffle de la montagne. Il y a l’ancrage désiré par Gevar, exilé syrien à Reims, lorsqu’il s’acharne à travailler un lopin de terre contre vents et marées, contre les difficultés de la vie. La Terre de Gevar nous attache à ses personnages, et filme avec tendresse cette famille qui cherche à construire là un équilibre nouveau.

Enfin, il y a la puissance des lettres qu’ont écrites des personnes résistantes pendant la 2e guerre mondiale lorsqu’elles se savaient condamnées à mort. Des mots adressés à leurs familles, à leurs parents, à leurs maris ou leurs femmes. Ces lettres parlent de leur jeune âge, de leur engagement tout entier tourné vers la vie, de leur assurance d’avoir combattu pour le bien. Elles parlent aussi d’amour et de lumière. Quelque chose qui vit et brûle met ces mots dans la bouche d’Européens d’aujourd’hui. Et cela résonne très fort. Et cela résonne d’autant plus fort lorsque de jeunes musiciens se mettent à jouer ensemble dans un grand orchestre, et que leur musique se déploie en toute beauté.


Pour finir, allons en Suisse.

Avec d’abord une histoire d’exil. Celui, fiscal, de JJA. Ce film de Gaëlle Boucand est constitué des monologues de cet homme, un peu perdu dans sa grande maison avec son grand jardin et sa grande cuisine. “Une parole apparemment sans destinataire, selon Olivia Cooper Hadjian : JJA semble s’adresser avant tout à lui-même.” Une manière de fabriquer un étonnant portrait du personnage, qui montre comment “une identité peut s’autoentretenir à partir de ces récits, en circuit fermé (…) et qui exacerbe la folie douce du personnage, tout en laissant affleurer les failles qu’il lui a fallu combler.”

Enfin, nous vous invitons à revivre une époque – les années 90 – où les agriculteurs tentaient de resister à la mondialisation… c’est dans Guerre des paysans !

Bons films !