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•• Cette semaine sur Tënk

29 juillet 2022

Jonas Mekas, Lénine et des biceps.

Pour vous présenter un immense film, Lost, Lost, Lost, de Jonas Mekas, nous laisserons pour commencer la plume à notre programmateur Jimmy Deniziot :
« Les films de Mekas sont parmi les plus beaux jamais réalisés – les plus accueillants, libres et empreints de grâce.
Même sans l’averse de lumière et les éclats de paradis que l’on trouve ailleurs dans son œuvre,
Lost, Lost, Lost est l’un de mes films préférés – célébration du monde et œuvre de mémoire.
On peut le regarder en une fois, accueilli par le mouvement vif et profond des souvenirs – ou bien faire halte, pour mieux sentir battre le cœur à l’idée de retrouver les visages et les fleurs, les saisons et les rires. »

Faire halte au milieu de ces 3 heures de film, c’est une manière de le considérer comme un chemin. Voilà la liberté qu’offrent de tels films. On ne parcourt pas 15 ans d’une vie sans prendre un peu le temps. Car ce qu’il raconte est d’une ampleur rare : les 15 premières années aux États-Unis de Jonas et Adolfas, deux frères lituaniens débarqués à Brooklyn, et qui petit à petit y trouvent leur place. Une place qui deviendra vite centrale dans le cinéma d’avant-garde américain du 20e siècle…
Nous vous invitons donc à vous laisser embarquer !

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Il y a du gros muscle cette semaine sur Tënk. Du très, très gros. D’abord dans un parc à Kyiv. Le plus grand club de musculation en plein air d’Ukraine. Là, depuis plusieurs décennies, les passionnés d’exercice physique viennent soulever des trucs en métal plus ou moins lourds sur des machines artisanales, qui demandent de régulières soudures pour rester fonctionnelles. Ce qu’on entretient ici, ce sont des structures en fer, mais aussi et surtout le sentiment d’une communauté. Kachalka : un court métrage de Gar O’Rourke… de 2019.
Ensuite, Ta peau si lisse, de Denis Côté. Avec pas mal de biceps aussi, et des sourires un peu crispés. Un film d’une remarquable exigence esthétique qui parvient à présenter le culturisme sous un jour nouveau, qui laisse place à la douceur et pousse à la réflexion. Voici comment en parle Olivia Cooper Hadjian, programmatrice : « La quête du dépassement de soi, le souci de l’apparence selon des codes bien précis, la pression imposée par la compétition inscrivent les personnages dans un culte de la performance éminemment contemporain. Ces hommes puissants ne seraient alors que des versions hypertrophiées de nous-mêmes : soyons beaux, soyons forts, et n’oublions pas de sourire. En filmant les moments de solitude et les temps morts, Denis Côté parvient à faire tomber ce masque de bravoure pour saisir la discrète mélancolie qui affleure en coulisses. » N’oubliez pas de sourire !

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Life Is But a Dream est un film dérangeant. Portrait de Gedalia et de sa famille, colons juifs américains dans les territoires palestiniens occupés. C’est le portrait d’un retrait du monde, ou du moins de ce qui se voudrait comme un retrait du monde : rompre avec la société capitaliste, vivre un rêve de liberté, d’harmonie avec Dieu… tout ceci dans une colonie illégale. Le film laisse le spectateur longtemps libre de son jugement, relatant la vie quotidienne, observant cette toute petite communauté inquiétante… Gedalia veut vivre sa petite vie simple, « je ne fais pas de politique » dit-il. Mais l’installation de sa maison de tôle ondulée, aussi fruste soit-elle, n’est certainement pas neutre…

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Pour finir, un peu d’actualité. Hier, jeudi 28 juillet 2022, une statue équestre de Napoléon a été reboulonnée sur la place du Général de Gaulle à Rouen. Fraîchement restaurée, bronze joliment lessivé. Déboulonner, reboulonner, les débats ont fait rage. Alors regardons Once in the XX Century. C’est d’une statue de Lénine qu’il s’agit ici, en Lituanie (pays de Jonas Mekas, tiens), en 1991. Le réalisateur s’est emparé d’archives vidéo pour fabriquer ce film : des images vues et revues dans les médias, utilisées jusqu’à plus soif comme symbole de l’évident échec du communisme : on déboulonne Lénine, on le fait tournoyer dans les airs ! Qu’en fait l’artiste Deimantas Narkevičius, de ces images-clichés ? Nous vous laissons le découvrir dans ce très court métrage au montage malicieux… et profondément politique !

Bons films !