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•• Cette semaine sur Tënk

20 mai 2022

Ken, en partance pour la guerre – ce qui fait le malheur de sa maman (qui l’y a envoyé) – rencontre une jeune femme (Barbie) en détresse dans la forêt (elle a perdu son cheval). Vaillant, Ken parviendra à retrouver celui-ci (et pourra ainsi repartir à la guerre). En revenant, après quelques autres péripéties, et fort de cet héroïsme, il n’est pas impossible qu’il ait l’occasion de se marier avec une Barbie reconnaissante.

Dans Pour de vrai, de Manuela Frésil, il y a plusieurs histoires de ce type, impliquant des Kens et des Barbies aux multiples facettes. Manipulant les poupées en plastique filmées en immersion, des jeunes filles inventent des histoires. Et l’une d’elles résume de manière brillante tout l’art de la dramaturgie :

« Par exemple si tu fais une histoire où y’a pas quelque chose qui cloche c’est pas très intéressant. »

Il est donc question d’histoires, dans ce film, mais de celles qui s’improvisent avec sérieux, convoquant l’imaginaire en ligne directe. Ce qui s’invente là est passionnant à regarder et à écouter, car cet imaginaire n’est évidemment pas anodin et révèle celui d’une société dans laquelle, oui, quelques petites choses peuvent gravement clocher.

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Notre Coup de cœur de la semaine réunit un grand réalisateur – Johan van der Keuken – et une légende de saxophoniste – Ben Webster. En choisissant de vous proposer Big Ben, Daniel Deshays, ingénieur du son et programmateur pour Tënk, insiste comme à son habitude sur l’écoute du film : il s’agit de tendre l’oreille, pour réaliser ce que peut être l’écriture sonore en cinéma.

Big Ben est le portrait rythmé d’un musicien monstre, qui nous entraîne dans sa vie quotidienne (où l’on mesure l’importance de sa logeuse à Amsterdam) et dans son rapport à la musique. Le jazz est partout dans le cinéma de Keuken et la forme libre de ses films y fait évidemment écho. Citons Daniel Deshays : « On remarquera dans ce film comment Keuken distribue ses sons sur ses images, et particulièrement dans quelle liberté de forme il y développe son écriture sonore. Comme beaucoup de ses films, celui-ci est un modèle qui, s’il fallait encore le prouver, nous révèle que l’absence de synchronisme favorise la poésie filmique. »

Écoutez donc !

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Vous trouverez ci-dessous tous les nouveaux films que nous vous proposons cette semaine :

Après Webster et Keuken, voici la rencontre de Ben Rivers et Rose Wylie ! C’est dans What Means Something, portrait amical d’une peintre au travail dans sa maison du Kent… Autre duo, familial celui-ci, dans Mes voix, de Sonia Franco, qui met en jeu par la discussion l’héritage transmis par une grand-mère à sa petite fille…

Continuons avec Chasser les dragons programmé par Pauline David : « Mobilier de bureau standard, armoire à pharmacie aux petits tiroirs bien rangés : au premier coup d’œil, on est frappé par l’hyper normalité d’un lieu qui ne l’est pas » : le film est en effet une plongée – pleine d’attention – dans une « salle de consommation à moindre risque » à Liège – un film d’Alexandra Kandy Longuet, dont nous avions diffusé le très impressionnant Vacancy (disponible à la location). Et nous finirons par un grand détour vers l’Éthiopie dans Rift Finfinnee, attentifs aux folles transformations urbaines de la capitale Addis-Abeba et à tous les bouleversements que le développement et la croissance induisent, et à tout ce qu’ils détruisent…

Bons films !