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•• Cette semaine sur Tënk

4 février 2022

On va d’abord se laisser embarquer. Par Bonnie, Dounia, Solveig, Héloïse ou Lila. Dans leur sillage on va traverser les nuits des quartiers Nord Est de Paris, à l’écoute de leur jeunesse, de leurs mots crus, de leurs déboires contemporains. C’est Jungle, de Louise Mootz. Un film d’une énergie folle, « connecté au bitume », « des capsules de vies qui nous éclatent la rétine », comme l’écrit notre programmateur Benoît Hické. Embarquons donc, oui, dans cette « Commedia dell’arte parfois très crue » figurant cette année dans la sélection officielle pour le César du meilleur court métrage documentaire !

Que vous soyez abonné ou non, ce film est en accès libre grâce à un partenariat avec Binge Audio et Le Cœur sur la table !

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Autre nuit, autre fête : Espagne, 1982. Le cinéaste Luis López Carrasco met en scène une jeunesse qui espère, dans El Futuro. Parce que les socialistes sont sortis vainqueurs des élections et que lorsque la « gauche » passe, certains ont cette étrange habitude d’espérer. Le film est une fête, littéralement : en temps réel, la captation d’une soirée où les conversations vont bon train sous le rythme envahissant de la musique. On se laisse prendre, évidemment, dans cette énergie. Tout en sachant bien ce que l’Espagne traversera dans les décennies suivantes. N’apprendra-t-on donc jamais des lendemains de fêtes ? Notre dernière gueule de bois ne nous a-t-elle rien enseigné ? Que faisiez-vous à Bastille le 10 mai 1981 ?

Du même cinéaste, L’Année de la découverte, Grand Prix à Cinéma du réel en 2020, revient lui aussi sur l’histoire espagnole. Avec en filigrane un soulèvement populaire à Carthagène en 1992, le film fabrique une place unique à la parole, près de 30 ans après, créant dans le décor d’un bar de la ville une sorte « d’agora où chaque citoyen a voix au chapitre ». « Une saisissante radiographie du fait politique », selon Olivia Cooper Hadjian, qui affirme « la nécessité d’opposer à une histoire qui se répète une mémoire affûtée. » Une manière d’éviter la gueule de bois, peut-être ?

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Dans nos Premières Bobines cette semaine, une formation singulière : Re-Framing Home Movies. Située en Italie, elle offre à des cinéastes l’occasion de mettre le nez dans des archives amateur, pour en tirer des films non moins singuliers. Une réflexion sur les images d’une campagne anti-paludisme en Sardaigne (Sulle arie, sulle acque, sui luoghi), le regard d’une femme sur le rôle d’épouse et de mère que la vie lui a donné (Lui et Io) et puis un très beau portrait, celui que Perla Sardella brosse de Mario Lorenzini, alias Le Grand Viveur, formidable filmeur prolifique et attentif à toute la vie dans les montagnes autour de lui.

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Enfin, s’il s’agit de s’embarquer encore, suivez à présent Mathieu Riboulet, écrivain. C’est le délicat portrait d’un homme et de son écriture. Ce sont des mots simples et précis sur son propre travail, mais c’est aussi parfois du silence et un regard qui s’émeut sur les œuvres des autres. En regardant Caravage, en écoutant Pier Paolo Pasolini, Mathieu dit : « C’est comme si au fond le travail de la création était de ne jamais se dérober à la douleur du monde mais de toujours, toujours, toujours l’affronter avec sa joie intérieure ».

Bons films !