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31 décembre 2021

Le 31 décembre au matin, selon une étude, 54% des gens n’ont fichtrement aucune idée de ce qu’ils feront pour la soirée du jour de l’an (parmi eux, 12% déclarent attendre une invitation qui devait arriver hier. 0,5% hésitent à brûler quelques voitures. Le reste n’en a que faire.) Alors pour cette majorité absolue de la population, nous avons une suggestion toute prête : « On se regroupe devant l’écran (le plus grand possible), à coté du feu de cheminée, et on écoute l’histoire que nous conte Tata Varda. »

C’est en tout cas ce que propose notre programmateur Sylvain Bich, qui a eu la bonne idée de choisir pour vous le film d’Agnès Varda Jacquot de Nantes en cette toute fin de l’année, comme un joli cadeau in extremis. L’enfance et l’adolescence du grand réalisateur Jacques Demy, contées par sa non moins grande réalisatrice de compagne ! De la douceur et de l’émotion pour finir l’année ou la commencer dans les pas d’un jeune homme qui, regard rempli d’étoiles, parviendra à fabriquer dans ses films son propre réel-rêvé… avec « juste ce qu’il faut de sucre ».

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Chez Demy on chante. À la déchetterie aussi ! Dans Plastic and glass, c’est au rythme des machines d’une usine de recyclage qui font « crack-plounkpouf-couic » que les ouvriers inventent une chanson qui transfigure la routine du travail en en faisant, le temps d’un film, un chœur harmonieux…

Chez Demy on danse. Dans Fabulous aussi ! Pour tout savoir du Dip & Drop, du Cat Walk ou du Popping, venez assister à la master class de Lasseindra Ninja, qui en enseignant le voguing à des jeunes gens sur sa terre natale, la Guyane, apprend aussi à leurs corps la fierté de se montrer, de se dire tels qu’ils sont, d’être enfin visibles !

Et il y a quelque chose de la danse, aussi, chez les jeunes techniciens à qui Mario Ruspoli, dans un autre genre de master class en 1963, apprend les nouvelles techniques induites par l’apparition des caméras légères dans les années 60 : le cinéma direct, ce sont trois « extra-terrestres » reliés par un fil qui se déplacent de concert. C’est une manière de se mouvoir ensemble, de faire des pas coordonnés, de se comprendre sans un mot, mais aussi de se lier à ceux et celles que l’on filme. Méthode 1 est un document unique et ludique, qui nous questionne aussi sur nos manières de filmer contemporaines et notre rapport aux images et aux sons, que l’on fixe souvent sans prendre le temps de les penser.

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Oui, pour finir : le temps.

Il y a celui pris par les deux cinéastes de Letters pour tourner des images chacun de leur côté (côté Corée et côté Norvège) et puis pour se les échanger comme une correspondance. Le temps « de laisser la vie se dérouler de cette manière maladroite, intime, douloureuse et mystérieuse qu’elle emprunte souvent ». Le temps de se rapprocher, finalement, et de se rendre compte que l’on partage d’un côté à l’autre du globe, les mêmes difficultés…

Il y a aussi le temps qui file, dans Time’s Up. Le temps que ces deux autres cinéastes tentent de ralentir, dans un film qui, lui, court à toute vitesse. Le mettre en équations, c’est bien, apprendre à « gérer le stress », pourquoi pas, mais en vrai, comment on fait, pour ralentir ?

Alors, passons lentement dans l’année nouvelle. Rien ne presse. Chantons un peu, dansons un peu, et faisons durer de longues secondes nos bises sous le gui !

Bons films, et bonne année !