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•• Cette semaine sur Tënk

3 décembre 2021

Chacun fait comme il peut avec la mémoire. On s’y coltine, on la met loin dans un coin, ou bien… on en fait du (des) spectacle(s).

C’est d’abord un drôle de spectacle que celui du concours de beauté auquel on assiste dans The Pageant : on y couronne tous les ans des survivantes de la Shoah, dans un show plein de musique et de lumières ! Mais plutôt que d’exploiter le spectaculaire de cette collision des genres, le film (que Tënk est heureux d’avoir accompagné en production) préfère creuser son sujet et interroger une forme d’instrumentalisation de l’Histoire qui en rejoint d’autres et dont le nationalisme israélien peut se nourrir à l’envi…

« Notre politique peut être résumée en trois mots, dit l’homme politique à la radio dans The Pageant : la ténacité contre l’agression (…), ténacité contre quiconque menace de nous détruire ». Mur, de Simone Bitton, scrute la tristement célèbre barricade qu’Israël construit – a construit – pour isoler l’ennemi qui de l’autre côté menace de nous détruire. C’est un film entièrement tourné vers cet objet et vers la violence qu’il incarne : de rencontre en rencontre la réalisatrice se fraie un chemin le long du béton pour entendre ce que le mur fait aux hommes et aux femmes qui le fréquentent, comment il emprisonne, « bouche la vue et la vie »… Un film fort de sa détermination, selon Claire Simon qui le programme, « et impuissant devant la brutalité que ce monument sans fin, ode à la haine, incarne. » 

Notez au passage que le dernier film de Simone Bitton, Ziyara, vient de sortir en salle ce mercredi 1er décembre !

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Mémoire encore, dans notre sélection de la semaine consacrée aux Étoiles de la Scam ! Où les enfants filment leurs parents…

Il y a le travail de deuil de Mohamed El Khatib, réalisateur mais aussi dramaturge habitué à faire entrer son histoire personnelle dans ses œuvres. Là, dans un road-movie presque burlesque, il conduit sa Renault 12 vers un héritage quelque peu… inattendu…

Il y a également l’histoire d’une famille, celle de Mila Turajlić, qui déploie toute une Histoire méconnue de la Serbie, dans l’ample et touchant L’Envers d’une histoire (Prix du documentaire de la Scam 2021). La réalisatrice y filme sa mère, Srbijanka Turajlić, femme politique, militante démocrate et révolutionnaire : que faire d’un tel héritage ?

Enfin, notre Coup de cœur de la semaine suit le parcours mi-figue (pour la douceur) mi-raisin (pour l’acidité) du papa de Pauline Horovitz : Papa s’en va. C’est peu dire que l’heure de la retraite bouleverse cet homme accro au travail, et prônant la raison en toute chose ! Dans une mise en scène drôlatique, la réalisatrice scrute les contradictions de son géniteur, ses manies, et met en avant, certainement, tout ce qu’il ne voit pas de lui-même…

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Nous ne conclurons pas sans avoir évoqué l’effondrement, évidemment (parce que c’est notre jardin quotidien).

D’abord, il y a Diorama, dans lequel la proximité des animaux sauvages avec les humains vous fera sans nul doute penser à quelque chauve-souris ou pangolin…

Ensuite, il y a le Mont-Blanc. Et un autre mot, qui sonne bien : « écroulement ». Un mot qui désigne spécifiquement la chute de très gros volumes de roche, d’un ou plusieurs millions de mètres cubes. Un ou plusieurs millions de pixels s’écroulent, dans Avant l’effondrement du Mont-Blanc. C’est très impressionnant, une image qui s’effondre sur elle-même, qui renaît, qui collapse et se déforme ! Ça fait un peu mal, mais c’est une forte expérience pour les yeux et comme l’indique Sylvain Bich, qui a choisi ce film : « si Perconte brouille les images c’est sûrement pour mieux laver notre regard et, peut-être même, le réenchanter. »

Bons films !