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•• Cette semaine sur Tënk

10 septembre 2021

« Quelle vie aurais-je, si je ne le fais pas ? » se demandait Robert Z., juste avant de dérober « La plage de Pourville », un tableau de Monet, au musée de Poznań, en l’an 2000. Standby Painter tente de dérouler les faits qui ont mené à ce vol, singulier parce qu’apparemment « gratuit ». Entre des images de reconstitution judiciaire, des peintures du co-réalisateur Guy Slabbinck et le récit fait par Robert Z. lui-même, voici une sorte d’étrange enquête, qui trace des hypothèses sur le mobile du crime : la fascination ? l’émotion esthétique ? une folie ? ou bien juste : « Quelle vie aurais-je, si je ne le fais pas » ?
Et quelles vies aurions-nous, par exemple, sur la plage de Pourville (qui, soit dit en passant, se situe non loin de Dieppe, sur la côte d’Albâtre – qui s’effrite) ? Quelles vies aurions-nous dans des univers parallèles, le long d’une frontière, dans les forêts de Mayotte, ou les rues de Baltimore ?Le reste de notre programmation parle de territoires.Il y a ceux de The Border Fence, de Nikolaus Geyrhalter, entre l’Italie et l’Autriche, où, comme l’indique le titre, une barrière devait être construite (qui comme chacun sait est une solution évidente et simple pour résoudre le problème de l’arrivée de réfugiés). Mais en adoptant son style fait de plans amples et majestueux, et en donnant la parole aux habitants du lieu, le cinéaste sort du manichéisme et, pour reprendre les mots de notre programmatrice Olivia Cooper Hadjian, révèle « l’impact délétère des manœuvres anxiogènes menées par certaines instances politiques et leurs relais médiatiques« .

Parallel Universes explore un peu plus loin que les Alpes. C’est-à-dire : des endroits dont on ne sait même pas dire s’ils sont vraiment quelque part. Des endroits qu’on a calculés, qu’on ne verra jamais, et qui… nous remettent à notre petite place de petits humains.

125 hectares, lui, se pose à une échelle plus modeste. Celle des parcelles gagnées par les petits paysans en Martinique, face à l’exploitation immobilière et aux grandes plantations. Une femme, Véronique Montjean, parle en récoltant des dachines (qui, soit dit en passant, sont des légumes-racines). Et le film laisse toute sa place au discours, à la lecture d’un paysage et au récit d’une lutte qui, bien que quarantenaire, évoque des problématiques écologiques bien contemporaines…

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Nous faisons écho cette semaine au Champs-Élysées Film Festival, qui s’ouvrira le 14 septembre à Paris, dans le territoire exotique du 8e arrondissement. Deux courts métrages entrent dans cette programmation. L’un, étatsunien, témoigne d’un lieu « entre-deux » : à Huntsville Station, simple gare routière où transitent les détenus à leur sortie de prison, à leurs premiers instants de liberté, émouvants, pleins d’espoir et d’incertitudes. L’autre, français, explore une forêt à Mayotte : Djo est un temps passé aux côtés de Smogi, un temps nocturne, entre chiens et homme, dans une nature peuplée de bruits, et peut-être de génies…

Enfin, c’est Baltimore, Maryland. Rat Film, le troisième film du Champs-Élysées Film Festival, est une cartographie de la ville américaine, en partant des rats. C’est le constat d’une ségrégation, qui plutôt que de s’éradiquer à coups de poison, demanderait plutôt une réelle volonté politique, qui semble manquer depuis des décennies dans cette ville connue pour ses quartiers laissés à l’abandon, aux rats et à la violence…

Bons films !