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11 juin 2021

Des choses.

« Il n’y a pas de chose en soi. La chose est telle qu’on cherche à la dire comme elle est. »

Michel Deguy n’est pas une chose en soi, il est tel que Marie-Claude Treilhou cherche à le dire tel qu’il est, dans son film Comme si, comme ça. Et il est aussi tel que lui-même cherche à se dire, concentré, les yeux fermés, creusant tous les mots dans leur précision et leur complexité. C’est passionnant, la pensée sur un visage, et c’est ce que montre encore une fois notre plage Grands Entretiens avec ce film dense où les mots ont du sens.

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« La chose n’est pas une image qui attend un appareil technologique pour être montrée« , poursuit le poète.

Nous faisons une nouvelle fois place au festival international du film d’animation d’Annecy, pour voir comment des pixels triturés ou des petits traits de crayon accumulés (mais les mots sont aussi parfois des petits traits de crayon) parviennent à montrer des choses du réel.

Parmi les choses que montre Chris the Swiss, il y a ceci, difficilement représentable : le doute. La réalisatrice, cherchant à reconstituer le parcours de son cousin mort en Croatie en 1992, perd ses certitudes d’enfant sur la figure de ce jeune homme, séduisant reporter de guerre. En creusant le souvenir, en cherchant les témoins, en plongeant dans les réalités d’une guerre jusque là fantasmée, le trouble et le sombre apparaissent. Et, dans ce film hybride entre prises de vues réelles et animation, les séquences dessinées viennent nourrir les espaces intérieurs, ceux de la réalisatrice, ceux du souvenir, des cauchemars, des choses imaginées, redoutées ou espérées.

Trois courts métrages de la sélection 2021 complètent notre programmation autour du festival ! Trois manières de voir la réalité : par les images éclatées et troublées de Maalbeek, qui tentent de cerner un souvenir ; par le graphisme changeant de All Those Sensations in my Belly ; ou bien encore, dans Écorce, en adoptant le point de vue de celui qui dessine au crayon dans son carnet, capable de figurer le monde en quelques traits.

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D’autres traits – de stylo noir pointe fine ou de pinceaux lourds – peuplent Liquidation, de Christophe Bisson. Ce sont ceux de Arnaud Geminder, artiste autiste, dont nous voyons les gestes tout près, tout près, des gestes qui semblent précis, indiscutables, mus par un projet, par une irrépressible nécessité… mais aussi par une main, qui manie une mine, en petits coups secs, sur une surface plane, faite de papier.

Enfin, direction la Creuse – rude et sublime pays – dans La Terre du milieu, « un paysage de Camille plutôt qu’un portrait« , selon la réalisatrice, Juliette Guignard. Camille, qui dans son paysage invente une manière de vivre, avec ceux et celles qui l’entourent, enfants et amis, pour trouver une autre voie au milieu d’un monde qui ne cherche qu’à « croître, croître, croître« …

Bons films !