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Escale « Fous à délier »

5 octobre 2018

Nous vous proposons cette semaine une escale autour de la folie et plus précisément de la psychothérapie institutionnelle.
Depuis les années 50, ce mouvement a cherché à repenser l’accueil et le soin des personnes souffrant de maladie mentale. Plutôt que d’attacher les fous (physiquement ou chimiquement), il s’est agi, d’abord, de « soigner l’hôpital », comme le formule avec clarté le psychiatre Jean Oury, figure majeure de cette réflexion. Des lieux ont vu le jour proposant une nouvelle façon d’accompagner les malades et de considérer la folie. Il s’est agi d’ouvrir les espaces, d’associer les malades et l’ensemble du personnel dans une même communauté de vie, de repenser le modèle asilaire à partir de sa définition première, un refuge.

Les questions formulées par les soignants rejoignent celles des cinq cinéastes que nous avons choisi pour cette programmation thématique : quel cadre pour accueillir ces personnes qui justement sont hors-cadre ?
En choisissant de se confronter à la folie et de filmer l’institution qui l’accueille, chaque film questionne notre relation à cet Autre.

Nous vous convions d’abord à une expérience limite, une plongée radicale et sans garde-fou dans un monde irrationnel. Depuis sa présentation à Cannes en 1971, Le Moindre Geste de Fernand Deligny a accédé au statut de film culte. Il a marqué durablement l’histoire du documentaire par sa façon inclassable d’appréhender et de rendre sensible le monde des fous.

Plus traditionnellement, La Devinière de Benoît Dervaux et La Moindre des choses de Nicolas Philibert nous proposent de découvrir deux hauts lieux du soin psychiatrique. Avec leurs esthétiques singulières, les deux cinéastes ont su trouver la juste place pour appréhender ces lieux et nous permettre de rencontrer leurs résidents, personnalités qui imprègnent durablement notre mémoire.

Pour éclairer davantage la place de la psychothérapie institutionnelle dans l’histoire de la folie, Martine Deyres nous livre avec Le Sous-bois des insensés un film-entretien avec Jean Oury, rencontre passionnante au sein de la clinique de La Borde qu’il a fondée.

Enfin dans Valvert, Valérie Mréjen rend compte à sa façon de la fragilité de ces institutions. La cinéaste plasticienne installe sa caméra dans les couloirs d’un hôpital qui voit son personnel soignant peu à peu remplacé par une nouvelle génération. Alors que le monde change à l’extérieur, les portes des chambres de Valvert pourraient bien se refermer sur ses pensionnaires.

Les mouvements de ces dernières semaines au sein des hôpitaux démontrent ô combien, aujourd’hui encore, ces histoires de cinéma sont nécessaires pour accueillir et laisser une place à la folie dans notre société. Lucien Bonnafé, psychiatre désaliéniste, alertait ainsi en 1992 : « On juge du degré de civilisation d’une société à la façon dont elle traite ses fous ».

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