Le blog de Tënk > Programmation

•• Cette semaine sur Tënk – Le Festival de Locarno

31 juillet 2020

Il fait nuit. Des bruits de chaînes, de rouages et de mer envahissent l’espace sonore avant que les entrailles d’un chalutier ne se révèlent. Dès son ouverture, le film Leviathan nous plonge dans une expérience sensorielle inédite. Grâce à de minuscules caméra numériques fixées sur les membres de l’équipage autant qu’aux filets, poulies ou mouettes, l’addition des points de vue provoque une vision organique du bateau, monstre doté d’une vie propre où l’humain est ravalé au même rang qu’une étoile de mer. Ce film radical, critique de la pêche industrielle, a marqué le Festival de Locarno 2012 et révélé les cinéastes et anthropologues Verena Paravel et Lucien Castaing-Taylor.

Cette semaine, notre programmation laisse entièrement la place au Festival de Locarno qui aura lieu en grande partie en ligne et dans une formule bousculée du 5 au 15 août. Nous vous proposons de découvrir sur Tënk 6 films réalisés par des cinéastes en compétition cette année avec leur prochain long métrage encore inachevé.

Ainsi, les réalisateurs de Léviathan ont vu la production de leur prochain long-métrage sur des hôpitaux en région parisienne (« The Human Corporis Fabrica ») stoppé par la crise sanitaire. Celui-ci figure parmi les projets retenus pour cette édition spéciale du prestigieux festival suisse. Intitulée « The Films After Tomorrow », cette sélection de 20 projets (10 suisses et 10 internationaux) affirme le soutien du festival au cinéma indépendant face aux circonstances exceptionnelles.

L’équipe de programmation de Locarno a retenu des auteurs confirmés comme le cinéaste chinois Wang Bing (Son précédent film Madame Fang, derniers moments de la vie d’une femme atteinte de la maladie d’Alzheimer, sera à découvrir en ligne à partir de lundi 3 août ) mais également de jeunes auteurs prometteurs. Parmi eux, Mateo Ybarra.  Son film de fin d’études à La Head, Oiseaux de nuit, part sur les traces de Joy, jeune artiste trans disparue sans laisser de trace. Une plongée mélancolique dans l’univers de la nuit et des clubs queer genevois. Dans son court métrage, Distancing, l’artiste engagé Miko Revereza évoque avec ses proches son choix de quitter les États-Unis où il est arrivé enfant. Un départ sans retour vers les Philippines. Le cinéaste suisse Pierre-François Sauter nous met lui Face au juge. Instants de vie saisis dans le bureau d’un juge d’instruction en quête de justice et d’empathie. Éric Baudelaire nous amène lui du côté du Liban et du Japon. Dans L’Anabase de May et Fusako Shigenobu, Masao Adachi et 27 années sans images, le cinéaste tente de renouer les fils de l’histoire de l’Armée rouge japonaise qui a combattu pour la cause palestinienne dans les années 70.

Enfin, sur notre plage 7e Séance, découvrez Master of The Universe, un film sorti en salle en 2014 et prix de la semaine de la Critique à Locarno en 2013. Dans des locaux abandonnés d’un grande banque allemande, un ancien trader parle de son travail. Dans ce qui ressemble à une cathédrale abandonnée, il révèle alors un système fait d’employés transformés en moine-soldats, partageant des rites et valeurs et croyant en leur toute puissance. Dans cette mise à nu des racines de la crise de 2008, la finance apparait alors pour ce qu’elle est : un monstre doté d’une vie propre et qui échappe à tout contrôle. Un Léviathan.

Bons films !