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Cette semaine sur Tënk

5 avril 2019

À l’occasion du festival Visions du réel, qui débute aujourd’hui à Nyon en Suisse, découvrez le Prix 2018 du Meilleur long métrage de la Compétition internationale : The Trial de Maria Augusta Ramos, ainsi que Grand et Petit et Kev, révélés lors des éditions précédentes !
Et c’est une semaine toute suisse que nous vous proposons avec la mise en lumière de la HEAD – Genève, Haute école d’art et de design. Découvrez deux films issus du Département Cinéma/Cinéma du réel :
Hypoténuse et Le Système miroir
En prime,
El Impenetrable du cinéaste Daniele Incalcaterra, établi en Suisse.

 

Déjà primée à Nyon pour le premier volet de sa trilogie sur la justice brésilienne, Maria Augusta Ramos propose avec The Trial, un haletant thriller politique. L’histoire personnelle de Dilma Roussef s’articule dans ce film tel un conte sur la trahison et la corruption. Emprisonnée et torturée par l’ancienne dictature militaire du Brésil, elle est maintenant accusée de fraude fiscale. Rousseff auto-proclame son innocence et accuse les opposants de droite d’avoir perpétré un coup d’État parlementaire. La précision de la cinéaste et son immersion au plus près des défenseurs de la présidente Rousseff évoquent la puissance du documentaire américain des années 70. Un film essentiel pour comprendre le Brésil contemporain, mais plus largement l’avancée des forces populistes et conservatrices dans le monde. L’ombre de Bolsonaro et de Trump n’est jamais bien loin.

Kev est un garçon fugueur, casseur, mutique, avec une oreille coupée. On dit de lui qu’il souffre d’une forme d’autisme si sévère que la plupart des institutions refusent de l’accueillir. Depuis qu’il a 14 ans, Clémence Hébert lui rend visite avec sa caméra. Aujourd’hui, il en a 18. Tirant les enseignements du travail de Fernand Deligny, la réalisatrice ne cherche pas à percer le mystère de Kev. Le film va au-delà de la thématique de l’autisme : la différence du jeune homme ne fait que rendre plus évidente la distance irréductible qui nous sépare d’autrui et la nécessité pour les cinéastes de se positionner à chaque instant, au sens propre comme au sens figuré.

Grand et Petit : dans une école primaire des montagnes suisses, une classe se lance dans une aventure à la découverte des mystères de l’univers, guidée par l’astrophysicienne canadienne Stéphanie Juneau. Pour regarder l’image qui se forme dans l’œilleton d’un télescope, il faut bien tout un film pour nous préparer à l’admirer : voir, c’est reconnaître ce qui a été préalablement pensé ! Au fil du film, nous devenons ces enfants aux questions malhabiles, tout en nous amusant de leurs regards. Pourtant tout ce savoir accumulé nous laissera devant d’autres questions, et d’autres recherches à venir. Seuls nos rêves et nos questionnements ont été formulés…

En trois années, les étudiant·e·s de la HEAD – Genève sont invité·e·s à réaliser plusieurs films, des exercices de quelques minutes jusqu’à des réalisations abouties. Regardez Hypoténuse de Delphine Mouly et Le Système miroir d’Eva Zornio.

« Ils nous ont laissés, nous et des cailloux » dit le jeune homme face à la cité qui l’a vu grandir. Il fut témoin de la dégradation de ce « village », puis des violences, dont il explique les origines dans Hypoténuse. Si ce film d’atelier montre Dogdi à contre-jour, c’est à la fois un choix optique et métaphorique : comme contre-champ d’images et de paroles médiatiques. Il donne une mesure humaine aux bouleversements urbanistiques.

Un rêve revient chaque nuit. Une forêt de neurones où la réalisatrice du court métrage Le Système miroir rencontre des souvenirs. Une déambulation en quête du lien entre neurosciences et cinéma.

Enfin, il ne vous reste qu’une semaine pour voir les films de notre Escale La Frontière passée, ainsi que le gênant et puissant The Act of Killing.

Bons films !