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•• Cette semaine sur Tënk

11 décembre 2020

Le soir de Noël, en 1967, à Hambourg, dans le quartier de St. Pauli, il n’y a pas de couvre-feu. Et s’il y en avait un, qu’importe : on n’a pas prévu de sortir avant 6h du matin du bar où on s’est installés. On a plutôt prévu d’y passer la nuit, dans ce tout petit espace, avec beaucoup de gens, habitués ou non, et puis de boire, de boire pas mal.

Klaus Wildenhahn est là, dans ce bar, qui filme et enregistre. Heiligabend auf St. Pauli est un film de cinéma direct : pas de commentaire, juste une présence, un rade exigu et ses hasards. Et il s’en passe tellement, des choses ! Il y a des visages, des duels, des mots que l’alcool rend flous, des étrangers qui débarquent et dont on se méfie, il y a de la tristesse, quelque chose du désespoir, et puis aussi la force d’une femme, seul pilier stable du paysage qui tout autour vacille, il y a des embrassades viriles où l’on dit des mots tout près, vraiment tout près du visage, et puis, tellement de tendresse…

Heiligabend auf St. Pauli est un film magnifique, un coup de cœur plein d’émotions. Alors, oui, à la fin, les semelles collent au sol, on n’aurait pas dû tant fumer, mais quoi, le soleil est en train de sortir et on va se coucher fatigués, avec ça dans le cœur : on s’est au moins un peu rencontrés, cette nuit de Noël à St. Pauli.

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De Hambourg au Chili, il n’y a qu’un pas, que le saut de paragraphe franchit avec légèreté. La plage Fragments d’une œuvre vous propose cette semaine de découvrir les films de Ignacio Agüero, cinéaste chilien qui fut particulièrement engagé dans son pays dans la lutte contre le régime de Pinochet. Le premier d’entre eux, No Olvidar (Ne pas oublier), réalisé sous pseudonyme, date de 1982 et aborde frontalement le sujet des disparitions et assassinats qui eurent lieu sous la dictature, en suivant le cas d’une famille en quête d’un semblant de justice ou de reconnaissance…

Cent enfants qui attendent un train raconte des ateliers de découverte du cinéma menés à Santiago avec des enfants de quartiers défavorisés, dans les dernières années du règne de Pinochet. Citons notre programmateur Arnaud Hée : « Tout simplement l’un des plus beaux films qui soit sur le cinéma, sans doute parce qu’il fait dialoguer sa capacité à rendre compte d’une réalité – une situation socio-politique ô combien difficile – et sa dimension émancipatrice par l’imaginaire. Inutile de préciser que, comme toujours sans le moindre prêchi-prêcha, Agüero délivre ici un film puissamment politique. »

Enfin, L’Autre jour, plus récent, marque un versant plus intimiste du réalisateur. Une exploration de son territoire domestique, mais qui au bout du compte ne peut s’empêcher de se tourner vers l’extérieur, vers les rues de Santiago du Chili, et vers les autres, ses concitoyens.

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Découvrez ci-dessous les trois autres films de notre programmation : Royal Orchestra, ou le quotidien des musiciens d’un grand orchestre symphonique en tournée. Almost Nothing, qui dépeint la vie du CERN comme une communauté d’individus qui ne font pas que tourner en rond. Et enfin, La Sirène de Faso Fani, un retour sur ce qui fut un temps le fleuron de l’industrie burkinabée : la production de tissu, locale et indépendante !

Bons films !