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17 juillet 2020

Le bon et le mauvais gouvernement

À Sienne, entre 1287 et 1355, le Gouvernement des Neuf, constitué de membres de la classe moyenne élus par un « consistoire », est renouvelé tous les deux mois. Ses membres peuvent être réélus, mais seulement au terme d’une vacance de vingt mois. Pendant leur mandat, ils sont pris en charge et séparés de leur famille. En outre, il leur est interdit de rentrer en contact avec les « magnats » — les riches et les puissants.

Nul homme n’est une île, de Dominique Marchais, s’ouvre sur une fresque peinte en 1338 par Ambrogio Lorenzetti dans le Palazzo pubblico de Sienne. On y découvre les effets idéaux de ce « bon gouvernement » de la ville. Mais aussi ceux du mauvais : une ville dans laquelle le seul artisan prospère est le forgeron, qui fabrique les armes. Le film, comme la fresque, est à la recherche du bon gouvernement, aujourd’hui, de la Sicile aux Alpes. C’est-à-dire de ceux qui cherchent à redéfinir les interactions économiques et humaines, en lien avec leurs paysages et leur milieu. Ils dessinent des habitations, travaillent le bois, vendent des agrumes. Ce sont des modèles réjouissants. Mais on les qualifie encore d’alternatives. Parce qu’il nous reste encore à retirer le pouvoir aux magnats (et la prospérité aux forgerons).

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Bon ou mauvais gouvernement, le management moderne ? Work Hard, Play Hard est une incursion dans le monde de l’entreprise tertiaire, de l’optimisation, du BlackBerry et de l’open-space. Tout y est prévu pour la performance — celle de la personne qui prendra place à l’un des bureaux mobiles prévu pour elle (ou pour une autre). Un monde où la matière première est humaine et dans lequel la violence, à force, a du mal à se dissimuler sous le propre et le policé.

Sortis des immeubles de bureaux, vous aurez besoin de regarder Lumières fossiles. Parce qu’en fait, on a besoin de brume et de cailloux.
Lise Fischer y filme sa grand-mère gravissant le Pic du Canigou. Et ce n’est pas que la silhouette d’une vieille femme, que la réalisatrice nous fait parvenir. C’est toute la mémoire d’une vie. Ou bien la mémoire de la montagne elle-même. C’est un film court et sensuel, qui donne le vertige, celui du temps passé, humain ou géologique, humain et géologique : il y a de la peau et de la roche, tout mêlés, sur lesquelles se projettent des images du passé. Notre programmatrice, Charlène Dinhut en dit de jolis mots : « Il y a, sur la Terre, une sorcellerie des liens et des enchevêtrements ; l’humain y contient le monde comme il est contenu par lui. »

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Nous vous proposons par ailleurs cette semaine un Fragment d’une œuvre consacré à Éric Rohmer : 3 portraits de jeunes femmes : Une étudiante d’aujourd’hui, Nadja à Paris, et une Fermière à Montfaucon. Et le portrait d’un vieil homme (mais aussi réalisateur immense) : Carl Th. Dreyer.

Enfin, partez avec Adil et Bilel à la Zad de Notre-Dame des Landes, pour une expérience politique inédite. Bachar à la zad est un film soutenu dans sa fabrication par Tënk et Mediapart !

Bons films !