Le blog de Tënk > Appel à projets

SUR LE FIL DU ZÉNITH de NATYVEL PONTALIER

23 août 2021

Ancienne étudiante du master Documentaire de création à Lussas, Natyvel Pontalier est la réalisatrice de “Sur le fil du zénith”, film soutenu par Tënk suite aux Rencontres Premiers films organisées par Ardèche images. Tënk a rencontré Natyvel Pontalier et Emma Augier, monteuse du film, lors de leur résidence de postproduction à L’Imaginaïre.

 

 

Synopsis

 

SUR LE FIL DU ZÉNITH

Natyvel Pontalier

57 minutes, Français et Fang, 2021

 

Je viens d’un peuple – les Fangs – où les morts ne quittent jamais les vivants. Mais depuis que nous sommes devenus chrétiens nous n’arrivons plus à les entendre. Perdue entre ce que je sais et ce que je vois, entre l’ici-bas et l’au-delà, je mène une quête initiatique qui me permet de révéler notre histoire, celle qui n’a pas été transmise.

 

FICHE TECHNIQUE

 

Écriture et réalisation : Natyvel Pontalier

Production : Les Films du Bilboquet 

Image : Hélène Motteau

Son: Ophelie Bouli

Montage : Emma Augier

Montage son : Arno Ledoux

Mixage son : Jeff Levillain

Étalonnage : Mickael Cinquin

Musique originale : Arno Ledoux et Lord Ekomy Ndong

 

 

Rencontre avec Natyvel Pontalier

 

Tënk : Peux-tu nous présenter ton film ?

Natyvel Pontalier : Pour mon film “Sur le fil du zénith”, je suis partie de la perte d’un objet ancestral, le Byeri. C’est un objet rituel qui était au fondement des croyances de mon clan, de ma famille. J’ai appris la perte de cet objet il y a quelques années, et ça m’a amenée à me questionner sur l’évangélisation et la colonisation du Gabon. Il y avait aussi l’actualité autour de la restitution des biens coloniaux qui me questionnait beaucoup. Ce sont ces deux questionnements qui m’ont animée, et qui m’ont permis de relier mon expérience personnelle à la “Grande Histoire”.

 

Tënk : Par rapport à tes premiers courts métrages, comment ce film s’inscrit dans les thématiques ou les formes que tu as déjà expérimenté?

Natyvel Pontalier : Le projet de “Sur le fil du zénith” est né durant mon master à Lussas. Je travaillais sur un projet de film sur les pygmées et je me questionnais sur la perte des traditions et sur la recherche d’une identité culturelle. Petit à petit, en développant le projet, j’ai découvert mon histoire familiale autour de ces reliques auxquelles mes grands parents croyaient et dont je n’avais jamais connu l’histoire. C’est quelque chose qui m’a vraiment bouleversée. Je me suis demandé, “Comment se fait-il qu’en seulement deux générations, on ait pu perdre notre base?”. 

“Sur le fil du zénith” n’est pas un fantasme de retour en arrière, c’est plus le questionnement d’une enfant issue de décennies de colonisation, à la recherche de ce qu’était notre clan. Je voulais comprendre quelle était la philosophie de mes aïeuls et de mes grands parents, et montrer qu’au-delà de la colonisation, il y avait eu une pensée. C’est vraiment quelque chose qui m’a animée, et c’était ma première envie ainsi que le fil conducteur du projet.

 

Tënk : “Sur le fil du zénith” s’ouvre sur une séquence de rêve, peux-tu nous parler de la place du rêve dans ton film ?

Natyvel Pontalier : Dans le cadre de ce film, le rêve occupe une place importante parce qu’il fait partie de la cosmogonie de mes ancêtres au Gabon, et c’était important de rester fidèle à ces traditions dont parle le film. Le rêve est un moyen pour les ancêtres de nous initier, de transmettre une histoire, ou de nous projeter vers le futur. 

Et puis l’idée aussi, c’était d’intégrer des séquences de rêve ou des restitutions de rite d’initiation pour brouiller l’aspect temporel et créer un décalage. Sur l’ensemble du film, j’avais une démarche de déréalisation qui se joue dans la narration, mais aussi à travers le dispositif filmique avec des ralentis. Je voulais que les spectateurs perdent leurs repères pour qu’ils puissent accepter ces histoires-là et croire à des choses qui ne sont pas concrètes. 

 

Tënk : Tu te mets toi-même en scène dans le film, pourquoi ce choix ?

Natyvel Pontalier : L’idée du film c’était de plonger dans ma tête, dans mes questionnements, pour éviter d’avoir un point de vue ethnographique. J’avais besoin d’assumer ma place, d’assumer mon regard, ma position d’entre-deux, d’être autant ici que de là-bas. C’est pour ça que c’était important pour moi de me mettre en scène. 

Dès l’écriture du film, j’avais déjà des envies de scènes: moi devant un miroir, moi en train de faire des soins, parce que c’était des réminiscences, des choses que j’avais déjà vues. Ce qui fait de ce film quelque chose de différent, c’est qu’il s’agit de mon point de vue, avec mes expériences et mon histoire. Et puis comme la matière du film est assez hétérogène, il fallait construire la narration de façon à ce qu’on retrouve ma présence par la voix off, mais aussi à travers ma présence physique et mon regard.

 

Tënk : Justement, ta voix nous guide à travers le film, comment a-t-elle évolué aux différentes étapes du projet ?

Natyvel Pontalier : L’écriture de la voix-off s’est construite en parallèle du montage du film. C’est ma voix intérieure qui interroge ce qui est vécu. Elle apporte une distance, voire une dissonance, par rapport à ce que l’on voit et ce qu’on entend. Le ton de ma voix a la couleur de l’émotion de ce que je raconte. Elle prend tour à tour la forme d’une adresse, celle d’une introspection et celle d’une conteuse. Le récit se déploie suivant l’état de mes recherches, qui parfois nous laissent dans le doute, en suspens, puis ouvre à une autre étape qui nous pousse à continuer le voyage… 

 

Tënk : Comment s’est passée votre collaboration sur le montage ?

Emma Augier : Avec Natyvel, on s’est rencontrées à Paris il y a un an et demi. Lorsque Natyvel est arrivée à Lussas, on a commencé par deux jours de dérushage. Ensuite, on a réfléchi ensemble une semaine pour imaginer le film à partir de ce que Natyvel avait déjà écrit. 

Au début, pour se décoller des images et penser le film de manière plus théorique, on a synthétisé les séquences telles qu’on les a vues, et on les a classées par thème ou par famille. Ça nous a permis d’avoir une image mentale de chaque séquence et de se  construire un langage commun en quelque sorte. 

On a trouvé très vite le début du film, cette séquence de rêve étrange et belle, qui nous provoque, et amène le mystère. Et après, il fallait tenir cette note, tout en donnant des éléments explicatifs, parce que le film n’est pas que sensoriel, c’est aussi une quête dans laquelle on apprend des choses. 

Je dirais que le film ressemble presque à une fiction tellement il a été écrit, et ça nous a permis d’aller sur des choses très fines au montage, de retranscrire l’aspect sensoriel que Natyvel voulait donner à son film.  Je trouve que Natyvel a une facilité d’écriture, du coup, on est allées vers quelque chose de plus en plus sensible et de plus proche d’elle. Au début du montage, on est obligé de poser des choses assez explicites, puis on enlève pour garder l’essence; et l’essence c’est du sensible. C’est pour ça que je trouve que c’est un film qui est fort. On n’a pas du tout fait de raccommodage. Au contraire, on est partie de cette voix off pour construire un univers, et c’est pour ça que ça a été un montage super intéressant pour moi.

 

Tënk : Est-ce qu’il y a des films qui t’ont inspirée pour la réalisation de “Sur le fil du zénith” ?

Natyvel Pontalier : Dernièrement, j’ai regardé sur Tënk “Pain is Mine” qui m’a beaucoup marquée. Le point de vue à la première personne fait que le film est tellement sensitif ! Le film n’a pas besoin de mots, on est à l’intérieur du personnage et j’ai trouvé ça vraiment incroyable. 

J’ai aussi regardé “L’Étoile bleue” dont j’ai aimé la forme, mais le questionnement aussi. Je trouve que ces récits qui parlent de certaines problématiques, en y ajoutant une autre dimension – que ce soit du rêve ou de la science-fiction – ça déstabilise un peu, et ça permet d’apporter d’autres points de vue. C’est la même démarche de déréalisation que j’essaie de d’avoir dans mon film. 

Mais je crois que ma plus grosse influence pour “Sur le fil du zénith” a été “Pont de papier” de Ruth Beckermann, que j’ai vu pendant les États généraux du film documentaire à Lussas. La réalisatrice était issue d’une famille juive qui a vécu l’Holocauste, et elle s’interrogeait sur le fait que ses parents soient restés à Vienne. Elle essaie de retracer le parcours de migration de sa famille et elle interroge les juifs d’aujourd’hui autour de la question de l’antisémitisme. J’ai trouvé ça assez fort de partir de son histoire personnelle parce que ça permet de remettre la “Grande Histoire” dans la bouche des gens qui la vivent.