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L’intention documentaire – 4 films « feel good » pour bien finir l’année

15 décembre 2020

 

Est-il nécessaire de traiter un sujet avec gravité pour que ce qu’il a à dire soit pris au sérieux ? Dans le documentaire d’auteur, la notion d’ « intention » est primordiale puisqu’elle est une clé pour accéder à la bonne lecture d’un film. C’est elle, par exemple, qui aide à comprendre pourquoi un.e auteur.rice fait le choix de l’humour ou de la légèreté pour traiter de sujets sensibles ou complexes. Dans cette sélection de documentaires sur Tënk, découvrez quatre films « feel good » (« qui font du bien ») pour anticiper et conclure au mieux cette fin d’année.

 

VIVANT ! DE VINCENT BOUJON

[2014, 79′]

Résumé : 

Cinq garçons – gays et séropositifs – font le pari de sauter en parachute et de se frotter à cet univers sportif si loin de leur personnalité. Dans ce film drôle et d’une énergie contagieuse, ils vont éprouver cette fraction de seconde où l’on se décide à plonger dans l’inconnu, où l’on prend conscience de l’ampleur du monde et de l’intensité de la vie. Progressivement des liens se nouent dans le groupe et les langues se délient : on parle d’avenir et d’amour comme on n’en cause rarement entre hommes.

L’avis de Tënk :

Voilà un coup de cœur ni plombant ni insipide mais aérien dans son projet comme dans ses mises en scène.
Le théâtre de cette comédie humaine est un stage de parachutisme qui réunit un groupe de garçons travaillés par la maladie et dont l’issue finale est quand même de se jeter dans le vide.
Filmées en cinéma direct, les situations révèlent des bribes d’histoires qui nous donnent accès aux parcours et aux tempéraments de chacun. Vincent Boujon filme magnifiquement le groupe comme les individus et le casting s’avère excellent.
Sur un fond de gravité, il va chercher, sans s’appesantir, les éléments-clés de l’histoire de chacun pour nous donner fortement envie de suivre leurs périples et ça fonctionne : l’apprentissage du vol est l’occasion d’une multitude de séquences absolument hilarantes et bienveillantes. « Vivant ! » est une ode à la vie !

Jean-Marie Barbe
Producteur, président de Tënk et co-fondateur des États généraux du film documentaire de Lussas

 

CENT ENFANTS QUI ATTENDENT UN TRAIN DE IGNACIO AGÜERO

[1988, 56′]

Résumé : 

Dans une ville de la banlieue de Santiago, l’enseignante Alicia Vega organise un atelier de cinéma pour enfants. Ceux-ci, qui n’ont jamais été au cinéma et connaissent à peine le centre-ville, vivent une expérience inoubliable. Ils construisent les éléments qui ont conduit à l’invention du cinéma, comme le zootrope ou le thaumatrope, apprennent le travelling et réalisent finalement un film en dessinant leurs propres images. Un exercice de création joyeuse, une échappatoire à l’oppression de la dictature militaire.

L’avis de Tënk :

Ce film fait d’Alicia Vega une héroïne du cinéma, le portant et l’apportant dans les quartiers parmi les plus déshérités de Santiago, qui végètent dans la terreur mêlée de torpeur de cette fin du règne de Pinochet. Ignacio Agüero en fait aussi une héroïne de cinéma, inoubliable et charismatique, animée par une générosité et une énergie qui semblent sans limite, une foi et un doigté pédagogiques admirables. Au-delà de la question de la transmission, c’est tout simplement l’un des plus beaux films qui soit sur le cinéma, sans doute parce qu’il fait dialoguer sa capacité à rendre compte d’une réalité – une situation socio-politique ô combien difficile – et sa dimension émancipatrice par l’imaginaire. Inutile de préciser que, comme toujours sans le moindre prêchi-prêcha, Agüero délivre ici un film puissamment politique.

Arnaud Hée
Programmateur, enseignant et critique

 

ROYAL ORCHESTRA DE HEDDY HONIGMANN

[2014, 94′]

Résumé : 

Pour célébrer son 125e anniversaire, le prestigieux Orchestre Royal du Concertgebouw d’Amsterdam part en tournée à travers le monde. Heddy Honigmann suit les virtuoses à Buenos Aires, Soweto et Saint-Pétersbourg. Elle nous fait partager leur quotidien loin de leurs familles et leur communion avec le public. Elle part également à la rencontre des auditeurs et spectateurs, réunis par la même passion pour la musique.

La plage Musique est soutenue par la Sacem

L’avis de Tënk :

Voilà un film symphonique qui ne cherche pas à nous faire aimer la musique classique de manière directe, mais plutôt par le biais de ceux qui l’interprètent. Le casting des personnes qui traversent le film est excellent : si le début du film nous laisse dubitatifs (ils n’ont rien d’exceptionnel, ces musiciens ! des problèmes de quotidien, d’éloignement de la famille pendant la tournée, d’achats de souvenirs…) ils sont justement suffisamment banals pour qu’on s’en sente proche, et qu’on les suive comme des amis… mais des amis « habités ».
C’est là qu’intervient la réalisatrice, en nous donnant à voir deux éléments, invisibles et inoubliables : en premier lieu, la collégialité de musiciens, qui fait que, seuls, « ils sont un instrument » et collectivement, un orchestre symphonique.
Et plus subtilement, tous ces musiciens, littéralement, « voient le monde en musique », et nous voyons à notre tour le monde en musique. Il s’en dégage une allégresse très universelle et une évidence : le cinéma est musique !

Jean-Marie Barbe
Producteur, co-fondateur des États généraux du film documentaire de Lussas

 

L’ARGENT RACONTÉ AUX ENFANTS ET À LEURS PARENTS DE CLAUDIO PAZIENZA

[2002, 53′]


Résumé : 

« L’Argent raconté aux enfants et à leurs parents » scrute la métallique maigreur d’une pièce avec pudeur et humour et raconte — par bribes — l’histoire d’une famille ouvrière incapable de conjuguer besoins et désirs. De père en fils. Cela inquiète évidemment le fils (l’auteur du film), bientôt père à son tour.

L’avis de Tënk :

La science économique n’est pas une science dure, elle ne vaut rien sans la politique. Claudio Pazienza nous en fait une démonstration par l’absurde. Benoîtement, en s’appuyant sur ce qu’il prétend être son histoire familiale, en regardant le sou de très près, il se prête au jeu de l’économie. Il met en scène la logique scientifique, se moquant du genre et de la facilité de notre compréhension. Et puis sans savoir quand le doute est apparu, Il nous reste là au final, faudrait-il reprendre le fil de la démonstration ? Le cinéaste sème le doute, c’est probablement sa fonction.

Pierre Oscar Lévy
Réalisateur