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LE MONDE – Majors ou confidentielles, les plates-formes de streaming profitent du confinement

4 mai 2020

La contrainte du « rester chez soi » a dopé l’audience des géants américains, comme Netflix ou Disney+, mais aussi de sociétés françaises telles qu’UniversCiné, FilmoTV ou Tënk.

Privée de ses lieux d’expression habituels – théâtres, salles de concert et de cinéma, musées, librairies –, la culture n’a pas pour autant déserté la vie des Français. Selon le dernier baromètre de consommation culturelle, réalisé en avril, par la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi), l’accès aux biens culturels arrive en tête des activités considérées comme indispensables à l’équilibre des personnes interrogées.

Après quatre semaines de confinement, 89 % d’entre elles déclarent avoir consommé séries, films, expositions numériques, musique et jeux vidéo. Une pratique qui profite largement aux plates-formes de streaming, par abonnement (SVoD), à l’achat ou à la demande (VoD).

La contrainte du « rester chez soi » renforce ainsi la plate-forme américaine de streaming Netflix dans sa position de leader qui, pour ce premier trimestre 2020, a attiré à l’échelle mondiale 15,8 millions de nouveaux abonnés. Soit deux fois plus que les 7 millions escomptés et beaucoup plus que les 9,6 millions recrutés en 2019 sur la même période. Si la direction de la compagnie demeure prudente, attendant « une décélération de la croissance des abonnements avec la fin du confinement », elle doit à cette parenthèse de consolider son assise, au moment propice.

L’arrivée en France, le 7 avril, du géant Disney+, a introduit un concurrent de poids. Même si le géant américain n’a pas dévoilé les retombées de son lancement, son alliance avec Canal+ (distributeur exclusif du service pour ceux qui n’ont pas choisi de s’abonner directement sur la plate-forme), qui a permis au groupe de diffuser en exclusivité, sur plusieurs de ses chaînes, The Mandalorian, une première série dérivée de Star Wars, fournit des signes encourageants, avec 3,4 millions de téléspectateurs réunis.

En outre, le passage en clair de Canal+ au début du confinement a multiplié par deux ses audiences en première partie de soirée. Plaçant au rang de succès la diffusion de films comme Rebelles (2019), d’Allan Mauduit, qui a rassemblé 2,1 millions de téléspectateurs, Tanguy (2001), d’Etienne Chatiliez, qui en a retenu 1,8 million et quasi autant pour Venise n’est pas en Italie (2019), d’Ivan Calbérac. Canal+ Séries, quant à elle, bénéficie à la fois de la période, mais aussi de la diffusion de Validé, la série de Franck Gastambide, Charles Van Tieghem et Xavier Lacaille, qui, depuis vendredi 20 mars, explose avec pas moins de 18 millions de visionnages.

 

Intérêt pour les plates-formes plus confidentielles

 

La consommation des chaînes OCS, la plate-forme de télévision d’Orange, a pour sa part été multipliée par trois. Parmi les gros succès sont à noter la série américaine de science-fiction Westworld, de Jonathan Nolan et Lisa Joy, qui pulvérise les audiences habituelles, chaque nouvel épisode séduisant 20 % de spectateurs en plus. Le confinement a également fait repartir à la hausse la série Game of Thrones et fait bondir les thématiques cinéma, notamment la spéciale Tarantino.

Néanmoins, ce ne sont pas seulement les séries, les blockbusters, ou même les comédies populaires, qui tirent profit de la situation. Les grands classiques, les films d’auteur, les documentaires parmi les plus pointus suscitent eux aussi un intérêt dont témoignent les plates-formes plus confidentielles. « Le confinement aura permis de mettre en lumière, notamment grâce à la presse, le marché de la vidéo à la demande », précise Denis Rostein, directeur général de la première plate-forme de VoD française UniversCiné, dont le catalogue regroupe 7 300 films indépendants de diverses nationalités, récents et anciens.

« Avant, je crois qu’il y avait une méconnaissance, voire une incompréhension sur toutes ces offres. Plate-forme par abonnement, vidéo à la demande Beaucoup ne s’y retrouvaient pas, et nombreux étaient ceux qui pensaient que les tarifs proposés étaient élevés. Le confinement a fait voler tout ça, en créant une curiosité, en favorisant une démarche. L’appétence des Français pour un cinéma de qualité a pu se vérifier. » Résultat : depuis mardi 17 mars, la plate-forme est passée de 350 à 2 200 actes de location en semaine, et de 600 à 3 000 les week-ends. Une consommation qui a plus que quadruplé.

Bruno Delecour (FilmoTV) : « L’usage de la VoD et du cinéma par abonnement n’avait pas été intégré ou essayé par la majorité des Français »

« L’usage de la VoD et du cinéma par abonnement n’avait pas été intégré ou essayé par la majorité des Français », confirme Bruno Delecour, directeur général de FilmoTV, qui, avec son catalogue de 700 films, a triplé ses abonnements et doublé ses locations à l’unité. « Or, en disposant soudain d’un bien rare – le temps –, ils ont été jeter un coup d’œil et se sont autorisés à regarder, sans risque, puisqu’ils avaient du temps, des films différents de ce qu’ils regardaient d’habitude, lesquels étaient, en général, les derniers sortis. » Si les usagers de la plate-forme, anciennes ou nouvelles recrues, ont privilégié en grand nombre les films grand public familiaux, ils ont aussi largement goûté aux classiques et aux films d’auteur.

Passée de 8 200 à 10 000 abonnements (en plus de ses 10 000 abonnés institutionnels, écoles d’art et de cinéma, médiathèques…), la jeune plate-forme coopérative Tënk, qui regroupe 700 films documentaires de création, dont la plupart des réalisateurs sont inconnus du grand public, n’échappe pas aux effets positifs du confinement. « Notre taux d’abonnements a trouvé un rythme de soixante abonnés supplémentaires environ par jour, contre une vingtaine auparavant. Ce qui nous a permis d’atteindre notre équilibre financier », remarque le président, Jean-Marie Barbe.

Opportunité pour ces plates-formes, le confinement a cependant ses limites. Car « le paradoxe est que, si le confinement se prolonge, dans trois mois, nous n’aurons plus de films récents à ajouter à notre offre, comme nous le faisons habituellement », souligne M. Delecour, qui, à l’unisson avec ses confrères, espère que cet engouement laissera des traces. Et qu’au moins une partie des nouveaux usagers leur resteront fidèles.

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