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ÉPISODE #2 : De l’idée d’un film aux spectateurs

27 juillet 2018

Initiée la semaine passée avec un premier billet consacré à l’histoire et à l’écosystème du Village documentaire de Lussas, notre série continue…Tënk, en tant que plateforme en ligne, compte parmi les diffuseurs. Nous nous situons à la fin de la chaîne de fabrication d’un film. Mais justement, comment ça se fabrique un documentaire ?

Soyez-en certain·e, il existe 1 000 chemins et 1 000 et une façons de concevoir un film ! Il y a des films autoproduits, des films réalisés seul·e, fait sans argent, des films qui se font en dehors des circuits balisés. Ce que nous vous proposons ici, c’est de vous donner des billes pour envisager le processus de fabrication classique d’un documentaire de création dans le milieu professionnel.

Comment une idée – bonne, fragile, aventureuse –, peut fédérer une équipe, mobiliser des moyens techniques et financiers, et finalement devenir un film !

« J’ai une idée de film… »

Au départ d’un documentaire, il y a toujours le désir d’une ou plusieurs personnes. À partir d’une histoire vécue, d’un sentiment, d’une rencontre, une idée germe. De fil en aiguille, l’auteur·e esquisse une intention de film.

 

« Comment passer de mon idée à un projet, d’un projet à une écriture filmique, d’un film rêvé à un film possible ? »

Il est difficile de concevoir un film seul·e, presque impossible de le faire naître sans l’aide de tiers. On sollicite des ami·e·s, mais un interlocuteur professionnel est souvent précieux ! C’est ici que commence le rôle d’un producteur/une productrice : accompagner le réalisateur ou la réalisatrice dans le développement artistique de son film.

La naissance d’un film est donc souvent liée à la rencontre entre un réalisateur et un producteur. Ensemble, ils vont préciser les motivations et les intentions : d’où vient cette envie de film ? Qu’est-ce que l’auteur·e veut raconter, et à travers quels personnages ?

C’est aussi la forme du film qui doit se définir : quel dispositif filmique, quel ton, quelle longueur ? Toutes les réponses à ces questions émergent grâce au dialogue et à la phase de repérages. Elles seront couchées sur le papier, afin de composer un « scénario » documentaire qui donnera à imaginer le film.

 

« Maintenant, que mon film est écrit, comment lui donner une existence concrète ? »

On entre ici dans la deuxième partie du travail de production. Il s’agit d’aller chercher les financements nécessaires à la création du film. Généralement, le producteur ou la productrice commence ce travail en parallèle de l’écriture.

Même si un film documentaire demande une équipe bien plus réduite qu’un film de fiction, les dépenses sont nombreuses. Il faut bien sûr rémunérer le travail de toute l’équipe : du réalisateur aux techniciens en passant par l’équipe de production. Pour un film documentaire, il faut en moyenne huit personnes pour réaliser un film de bout en bout. À cela, il faut ajouter les frais de matériels, de déplacements…

La société de production du film va donc déposer des demandes de subvention à différentes institutions (Centre National de la Cinématographie, Région, sociétés d’auteurs, association de producteurs, etc.), en s’appuyant sur le « scénario ».Il faut également trouver un cadre de diffusion pour le film : cinéma, festivals, télévision, plateforme. En France, la plupart des documentaires d’auteur, dits aussi « de création », se font avec le soutien d’une chaîne de télévision et sont visibles en festivals.

 

« Je peux enfin passer au tournage de mon film. »

Quand les financements sont réunis, et souvent même en parallèle de la recherche, le réalisateur part en tournage avec son équipe technique. C’est la deuxième étape forte de la création, après des mois d’écriture, le réalisateur se confronte au réel.

 

« Mon ordinateur est rempli d’images et de sons, il faut à nouveau « écrire » le film. »

Après le tournage, arrive la post-production. Cela consiste tout d’abord à « monter » le film. Organiser les images et les sons enregistrés (appelé les rushes), raconter une histoire ou créer des sensations à partir d’eux, leur donner du sens. Ce travail colossal est fait conjointement par le réalisateur et le monteur. Au-delà d’une expertise technique, ce dernier apporte un regard à la fois expérimenté et extérieur bénéfique à cette étape du film.

Pour un film d’une heure, on compte au moins 8 semaines pour cette étape, soit 8 semaines dans l’obscurité de la salle de montage à donner corps au film. C’est la dernière étape d’écriture du film.

Ensuite viennent le mixage et l’étalonnage. Il s’agit des finitions qui rendront le film fluide pour les oreilles et pour la vue, mais qui préciseront aussi l’ambiance. L’étalonnage consiste à travailler les couleurs du film, quand au mixage, il harmonise le son du film.

 

« Le film est enfin terminé ! L’idée qui avait germée il y a des mois, voire des années, a beaucoup évolué depuis. C’est maintenant un film achevé, que je peux montrer au public. »

Il faut noter que les documentaires constituent un genre très accompagné par leurs auteur·e·s, notamment lors de projections publiques. Le film est terminé, mais c’est maintenant un autre travail qui commence, celui de l’accompagnement des projections pour l’auteur et de la diffusion du film.

Un dernier acteur intervient parfois à cette étape : le distributeur qui vient prendre le relai du producteur pour se charger de la vente du film : sortie cinéma, édition DVD, vente à la télévision et aux plateformes, comme Tënk !

 

Crédit photo : © Anouck Everaere

Crédit dessin : © Tom Joseph – Florie Keller – Atelier Noir Cambouis