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Cette semaine sur Tënk

26 avril 2019

Découvrez le cinéma du réalisateur germano-roumain Thomas Ciulei. Nous vous proposons trois de ses films : Gratian (1995), Face Mania (1997) et Le Pont des fleurs(2008). Son cinéma s’appuie sur une relation très respectueuse et attentive à ses protagonistes. Pour lui qui a quitté la Roumanie à l’âge de 14 ans, la question de l’exil ressurgit sans cesse dans son œuvre.

Si la plupart de ses films ont été coproduits avec l’Allemagne, tous se déroulent en Roumanie, excepté Le Pont des fleurs qui nous entraîne dans un village de Moldavie, pays voisin. Costica y élève seul ses 3 enfants. Leur mère a émigré pour travailler en Italie… Il y a chez Thomas Ciulei, une jubilation, un plaisir du jeu auxquels se joignent ses personnages. Dans un style très maîtrisé, il accompagne les efforts du père pour combler le vide laissé par le départ de sa compagne : sous sa conduite, les activités de la journée s’enchaînent sans répit et chaque instant est chorégraphié par le cinéaste dans une mise en scène minutieuse.

Notre coup de cœur de la semaine : Le Temps des grâces de Dominique Marchais. Il est l’auteur d’une trilogie documentaire qui interroge avec une trop rare qualité les liens qui unissent les Hommes à leur territoire. Pour ce faire, le paysage est une matière première qui vient justement révéler les déséquilibres contemporains de nos vies « hors-sol ». Son premier opus, Le Temps des grâces, s’intéresse plus particulièrement à la question agricole, proposant une réflexion dense sur son rôle alimentaire, comme sur son implication environnementale et paysagère. Une puissante réflexion sur notre rapport à la terre.

Jacques Ellul, montage d’entretiens est un document rare ! Enregistré deux ans avant la mort de l’historien et sociologue, il permet d’appréhender une voix singulière dans l’histoire de la pensée. Un penseur chrétien sur cette Plage Grands Entretiens, c’est plutôt inédit, mais le rôle joué par Ellul pour la conscience et les luttes écologiques, le perpétuel réinvestissement de sa pensée depuis sa disparition, justifient largement cette exception. Sa critique de la vie économique, du progressisme et des logiques de croissance, ses réflexions sur la technique et l’aliénation, son appel à la liberté et à une plus grande sobriété individuelle et collective demeurent d’une urgente nécessité !

Deux films, en miroir, se regardent sur notre Plage Écoute : The Silent Village de Humphrey Jenning (1973) et Village, Silenced de Deborah Stratman (2012). Village, Silenced remanie le court métrage de Humphrey Jennings, The Silent Village,  dans lequel des mineurs gallois du village de Cwmgiedd reconstituent collectivement l’invasion nazie et l’anéantissement du village minier tchèque de Lidice, qui résistait. Un hommage au discours lucide de Jennings sur la solidarité ouvrière, le pouvoir et la commémoration.

Côté Documentaire sonore, un objet sonore non identifié fort plaisant à écouter ! Un trou noir n’a pas de poil : voilà l’auditeur absorbé dans son antre. La voix de Jean-Pierre Luminet nous mène d’une étoile à une planète, nous happant dans des tunnels, tourbillons, courbes… Une expérience troublante aux frontières de la démarche artistique. Quoi de plus abstrait qu’un trou noir ? Grâce à la magie du son, on n’arrive presque à s’en faire une idée. Un travail léché qui malgré le sérieux du propos laisse transpirer une espièglerie joyeusement foutraque.

Enfin, une dernière soirée pour regarder Le Bouton de nacre de Patricio Guzmán.

Bons films.