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Cette semaine sur Tënk

29 mars 2019

Le festival Cinéma du réel s’est achevé à Paris dimanche dernier. Après la mise en ligne des 3 coups de cœur de Catherine Bizern, nouvelle directrice artistique de l’événement, et des 4 premiers épisodes de la série Le Village de Claire Simon, nous vous invitons à découvrir dès aujourd’hui trois courts métrages dévoilés lors de l’édition 2019 ! Regardez L’Immeuble des braves – Prix des détenus de la Maison d’arrêt de Bois-d’Arcy, Labour/Leisure et David and the Kingdom.

Comme tous les jours, Ivan revient devant L’Immeuble des braves dont il s’est fait expulser. Il vient nourrir Gigi et Sara, deux chiens errants qui vivent encore là. Mais ce matin, les chiens ont disparu. Caméra embarquée ou dissimulée, cadre brinquebalant et haletant, voix de la réalisatrice en interaction directe : les supposés repérages deviennent matière à film. La recherche des deux animaux échappe au cours ordinaire des choses pour se charger de la tension sociale de la ville. L’anecdote se meut en drame, tandis que la paranoïa d’Ivan semble partagée par les gens qu’il rencontre. La réalité se déforme à l’instar de ce bâtiment, bancal, vidé de ses habitant·e·s, démis de sa fonction, abandonné comme Ivan à l’absurdité.

Labour/Leisure, comme les deux côtés de la monnaie. Dans une esthétique proche de la photographie, Ryan Ermacora et Jessica Johnson viennent porter leur attention, et la nôtre, sur le travail de ces saisonniers, hispanophones pour la plupart, qui sous le soleil ou dans l’usine « s’occupent » de la cerise. Le paysage de cette vallée canadienne, verdoyant de terrains de golf et d’arbres fruitiers, indique la cohabitation de deux mondes, antinomiques. Complémentaires ? La métaphore du système économique et géopolitique Nord/Sud se révèle à la lumière des gestes de travail, régentés par le maître-mot « rentabilité ». Un peu plus loin, on se détend, on dépense et on ne parle de la cerise que quand elle est sur le gâteau.

Nous consacrons cette semaine un Fragment d’une œuvre à la cinéaste, documentariste et photographe italienne, Cecilia Mangini. Nous vous proposons quatre de ses courts métrages : Stendali, Ignoti alla città, La Canta delle marane et Essere Donne.

Première femme en Italie à tourner des documentaires dans l’après-guerre, auteure de quelques longs métrages et de plus de 40 courts métrages, elle a su mettre en évidence la transition de son pays qui s’éloignait – parfois lentement – du fascisme, vers une société industrielle. Son itinéraire croise ceux de Vittorio De Seta, Gianfranco Mingozzi, Florestano Vancini, Vasco Pratolini et de Pier Paolo Pasolini à qui elle confie la rédaction du commentaire de trois courts métrages présentés ici.

Pour réaliser Ignoti alla città, Cecilia Mangini a dû s’engager corps et âme pour se faire accepter par une bande de jeunes garçons des faubourgs populaires de Rome. Elle parcourt les rues aux aguets, imprégnée du roman de Pasolini, à la recherche de lieux, de situations, de rencontres. Elle ne saisit pas les images sur le vif mais cherche à nouer des relations. Apprivoisés, ces jeunes un peu frondeurs acceptent de se mettre en scène et d’interpréter leur propre vie devant la caméra. Le défi est relevé, mettant à nu la réalité « d’être pauvre, de ne rien connaître d’autre que la faim et de s’en consoler en étant sans pitié. » Le film sera interdit en Italie au motif d’incitation à la délinquance.

Quatre ans après Ignoti alla città, avec La Canta delle marane, Cecilia Mangini pénètre à nouveau le territoire des « ragazzi ». Sur les berges de l’étang marécageux des Borgate, la caméra épouse leurs jeux au plus près des corps, sublimés par des cadrages serrés, un montage alerte et une musique composée par le fidèle Egisto Macchi.

Être femme, photographe et réalisatrice et de surcroît révéler la réalité de la condition des femmes italiennes ne va pas de soi en 1965. Mangini dénonce dans Essere Donne le système patriarcal mais aussi capitaliste que les femmes devaient affronter à l’époque et qui persiste encore aujourd’hui. Avec ce court métrage, elle dit leur souffrance et l’oppression subie mais aussi leur grande force de résistance et de combativité. Très présentes, la voix off et la musique accompagnent cette exploration qui ne manque pas de virtuosité.

Enfin, ne manquez pas Lift de Marc Isaacs, Art TOTAL de Pierre Excoffier et Gwenn Pacotte et Le Glas de René Vautier.

Bons films !