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Cette semaine sur Tënk

15 mars 2019

La 41e édition Cinéma du réel rendez-vous privilégié avec ceux et celles qui font le cinéma documentaire international d’aujourd’hui, commence ce soir ! Jusqu’au 24 mars à Paris, le festival présente le plus innovant de la production documentaire mondiale avec une sélection de films français et étrangers inédits en compétition. La nouvelle directrice artistique de Cinéma du réel, Catherine Bizern, vous propose trois coups de cœur issus des éditions précédentes. Découvrez à cette occasion Ce Quatre juin-là de Liu Wei, La Mort de Danton d’Alice Diop et Sherman’s March de Ross McElwee.

Pékin. Place Tian’anmen. 4 juin 2005. Ne serait-ce pas un anniversaire ? Les passants hésitent à se souvenir de ce qui s’est passé ici il y a 16 ans. Liu Wei, dans Ce Quatre juin-là, interroge le tabou : le sang versé lors de la manifestation violemment réprimée de 1989 a été oublié, effacé, laissant derrière lui un silence impuissant et une mémoire vide. Dans son obstination, le réalisateur ne se lasse pas de poser la même question : « Quel jour sommes-nous ? ».

Steve décide subitement de changer de vie. À l’insu de ses copains de la cité des 3 000 d’Aulnay-sous-bois, il entame une formation d’acteur au Cours Simon, une école de théâtre parmi les plus prestigieuses en France.
Prix des Bibliothèques au Cinéma du réel 2011, La Mort de Danton n’est pas le premier film d’Alice Diop, mais il est celui par lequel s’affirme son regard sûr et précis, tout à la fois empathique et analytique. C’est, selon ses propres mots, le plus autobiographique de ses films. Elle y raconte combien il faut se battre pour sortir de l’image que l’autre veut nous voir habiter. La bataille de la représentation est une bataille au long court, elle peut être perdue alors qu’on la croyait gagnée… Cette question de la représentation, représentation de soi et représentation de l’autre, est depuis ce film le fil directeur du cinéma documentaire d’Alice Diop.

Vous avez peut-être déjà eu l’occasion de découvrir le travail de Ross McElwee sur Tënk, grâce à un Fragment d’une œuvre que nous lui avions consacré, à travers Time indefinite, Photographic Memory et Bright Leaves (disponibles en VOD). Cette semaine, c’est Sherman’s March que nous vous proposons de regarder. Le cinéaste construit avec ce film ce que sera son style. Il y est à la fois cinéaste et personnage, personne et narrateur, filmeur et filmé. Autofiction à la grammaire complexe, le film est une œuvre de jeunesse formidablement romanesque, qui raconte l’Amérique des années 70. Une Amérique qui oscille entre la culture surannée de la bourgeoisie du Sud et celle underground d’une jeunesse contestataire.

Dans la veine du « documentaire d’amour » : Garden Lovers de Virpi Suutari. Ces couples finlandais ont la passion du jardinage ! Le regard tout en délicatesse et empreint d’humour de Virpi Suutari effeuille patiemment cet univers où se cultivent, à travers les plantes, l’amour et la vie. Les récits de ces jardiniers insolites pollinisent nos sens et la philosophie pousse au milieu des bosquets. Il devient cet « espace autre » selon Michel Foucault, où le jardin, « c’est la plus petite parcelle du monde et puis c’est la totalité du monde ».

« Quand une femme pense seule, elle pense au mal… » (Le Marteau des sorcières, Henri Institoris et Jacques Sprenger, fin 15e)… Cherchez l’erreur.
En écho à notre Escale dédiée à l’inventivité des cinémas féministes, FILMER, DISENT-ELLES !, prêtez l’oreille au documentaire sonore Sorcière, sorcières.
C’est une histoire vertigineuse qui commence dans l’intimité d’une alcôve, par une séparation. C’est l’histoire pluriséculaire de l’appropriation du corps des femmes, des « pas comme il faut », faites « sorcières » par les hommes. Et détruites. Elisa Monteil et Raphaël Mouterde laissent les sons s’échapper de la boite de Pandore, composant une fiction documentaire grinçante et chorale qui évoque les suppliciées d’hier pour mieux se souvenir des catégorisations d’aujourd’hui : de la survivance, à travers leurs avatars – que sont les anarcho-féministes, affranchies, viragos, filles mères, salopes, transgenres, butch , etc.-, »des mauvaises femmes : toutes des sorcières. »

Et enfin, ne manquez pas Au nom du Führer, Sous la douche, le ciel ou encore La Terre en morceaux.

Bons films !