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Cette semaine sur Tënk

25 janvier 2019

Se tient en ces jours-ci à Biarritz, le FIPADOC, festival international de films documentaires (22-27 janvier 2019). Succédant au Fipa, le FIPADOC se consacre s’articule autour d’une sélection internationale de plus d’une centaine de documentaires, présentés en compétition et hors compétition. Découvrez sur Tënk, trois films issus de la programmation de l’édition en cours : notre coup de cœur Insulaire de Stéphane GoëlSous la douche, le ciel du duo d’artistes Effi & Amir et Les Bergers du futur de Lionel Roux.

Insulaire raconte l’histoire d’un aristocrate bernois, Alfred von Rodt, qui en 1877 devint gouverneur d’une île minuscule au large des côtes chiliennes. Le film nous emporte bien loin du cliché de l’île paradisiaque avec cocotiers et sable fin… Cette insularité est autant l’enfer que le paradis pour ses quelques dizaines d’habitants. Incarnées par la voix de Mathieu Amalric, les réflexions du Baron nous font cheminer entre passé et présent. Aujourd’hui, ses descendants, fiers de leurs origines helvétiques, rêvent d’autonomie politique et songent à réguler l’immigration. Jamais les paysages, à couper le souffle, ne masquent ici les enjeux de tout écosystème, aussi petit soit-il : faut-il accueillir de nouveaux arrivants, s’ouvrir ou se replier sur soi-même ?

À Bruxelles, un groupe de citoyens tâche pendant 5 ans de trouver, financer et réhabiliter un bâtiment qui accueillera des services sanitaires permettant aux plus démunis de « se refaire une beauté et redresser la tête ». En mêlant la parole des militants à celle des sans-abris, Sous la douche, le ciel nous présente des chevaliers des temps modernes. Des coups de Trafalgar aux joies partagées, en passant par l’absence de soutien des pouvoirs publics, Effi & Amir nous racontent leurs prises de risque, leur obstination. À mille lieux de toute bonne conscience, ce thriller politique apporte une pensée et donne envie d’agir.

Être berger au 21e siècle, c’est décider d’appartenir à un monde en mutation, et, plus encore, d’y contribuer. Tandis que la montagne se meut dans le mouvement « avalanchesque » d’un troupeau de brebis, Lionel Roux déclare sa flamme aux bergers et bergères de tout poil dans Les Bergers du futur. Lui qui aurait pu suivre cette voie initiée par ses ainés, est devenu photographe et réalisateur, et  donne à voir l’opiniâtreté, la débrouillardise et la lucidité de quelques apprentis, qu’il a choisi d’accompagner durant une année de formation. Au fil de cet apprentissage, c’est bien des visages, des corps et des intelligences qui se colorent de la vie en alpage.

Au nom du Führer fait acte de mémoire. À l’origine de ce bouleversant film-essai, il y a le besoin de connaître et faire connaître l’apparat idéologique nazi et la machine industrielle qui a produit la destruction des Juifs d’Europe. S’intéressant en particulier au sort des enfants, Chagoll et Buyens réalisent un travail impressionnant de collecte et de compilation de documents historiques sur la période du Troisième Reich. Tout est issu de l’univers hitlérien dans ce film : le commentaire est composé uniquement de citations tirées de documents nazis ; les textes donnés à entendre et les images données à voir ne sont à aucun moment « imaginés » ou reconstitués. À travers une recomposition subtile du langage et des lois, des signes et des images des bourreaux, les cinéastes amènent l’horreur à se révéler d’elle-même. Une vraie leçon d’éthique documentaire.

Enfin, ce sont bientôt les films de notre Escale MONTAGNE DE QUESTIONS qui ne seront plus disponibles… Penchez-vous sur la face B des sommets avec Gasherbrum, la montagne lumineuse de Werner Herzog et les autres documentaires de la sélection.

Bons films !