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Cette semaine sur Tënk

30 novembre 2018

Native du Pérou, fille d’exilés juifs d’Europe orientale, études au Mexique, en France ainsi qu’en Italie, adoption de la nationalité néerlandaise dans les années 1970… Ces quelques éléments biographiques disent beaucoup du cinéma de Heddy Honigmann, sans doute prédisposée ainsi à regarder et écouter le monde avec intensité.
Nous consacrons à la cinéaste un Fragment d’une œuvre ! Regardez son lumineux Métal et Mélancolie, coup de cœur de la semaine, ainsi que Crazy et L’Orchestre souterrain. Ses films sont un vibrant journal de rencontres, marqué par une curiosité, une empathie, une chaleur peu communes. Il y a une joie dans les films, comme pour se consoler de la dureté du monde qu’elle ne dissimule en rien. Le déracinement et la douleur de l’exil constituent des fils conducteurs d’une filmographie qu’elle caractérise ainsi : « Je ne filme pas des thèmes, je filme des gens, la beauté des gens. […] La plupart des gens que je filme essaient de survivre. Peut-être toute mon œuvre est-elle une encyclopédie perpétuelle de l’art de survivre. »

Métal et Mélancolie nous balade d’un taxi à l’autre dans le Lima des années 90. Dans ce film merveilleux, tout est humain, trop humain, à commencer par les voitures brinquebalantes qui se révèlent toujours plus vieilles que leurs conducteurs. Une étiquette « Taxi » posée sur la pare brise sauve la vie. Tous le savent, tous ceux qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts qu’ils soient policiers ou ingénieurs, mère célibataire, etc. Dans chacun de ces taxis, une vie, dans sa bulle, se fraie une route toujours plus incertaine au milieu du trafic… L’amour, la poésie, la foi, la mort s’expriment dans ces petites cases avec une élégance somptueuse.

À Gravelines, dans le Nord de la France, au pied de la plus grande centrale nucléaire d’Europe, l’eau de la mer du Nord est chaude toute l’année : 23°C. Contre toute attente, le poisson prolifère dans ce milieu hyper industriel, faisant ainsi la joie des pêcheurs. À défaut de nature sauvage dans laquelle l’humain vivrait en harmonie, Dernière Pêche nous dépeint les bords d’un monde issu de la sauvagerie industrielle. Un endroit où nul n’est censé vivre. Pourtant, depuis 40 ans, des hommes arpentent ce territoire. Ils ont trouvé là un refuge, un endroit qui ne semble appartenir qu’à eux. Le film se fait alors le témoin d’une nouvelle écologie où l’Homme, le béton, la mer chaude, vivent dans un équilibre apparent. Et l’on retrouve, à cet endroit, un ersatz originel : pêcher, faire un feu, manger.

8 décembre 2012. Une pierre blanche dans l’histoire de l’outsider le plus chic du rock anglais. Jarvis Cocker et de son groupe Pulp donnent le dernier concert de leur ultime tournée dans leur ville natale : Sheffield. L’histoire d’une journée presque ordinaire dans cette ville du Nord de l’Angleterre où les poissonniers remplissent leur étal, où les vendeurs de journaux alignent les éditions de The Star titrant sur Pulp, où les fans de 7 à 77 ans se racontent passionnément leurs souvenirs avant l’ouverture des portes et où les membres du groupe sentent la pression monter. Découvrez Pulp : a film about life, death and supermarket de Florian Habicht. Garçons bouchers, mamies de l’Harmonie municipale, ados idéalistes ou mères célibataires… Florian Habicht mêle autant le portrait d’un groupe pop que celui de cette ville populaire. Réflexion sur la célébrité, le sens de la vie et le sentiment d’appartenir à une classe populaire, ce film est acidulé, nostalgique et kitch comme un bonbon anglais.

Enfin, ne manquez pas le glaçant Sarah Winchester, Opéra Fantôme, le documentaire sonore Les Mots de ma mère et le Fragment de l’œuvre de Sophie Bredier : Nos Traces silencieuses, Elie et Nous et Maternité secrète.

Bons films !