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•• Cette semaine sur Tënk – Visions du Réel

21 avril 2023

Cette semaine, toute notre programmation est consacrée au festival Visions du Réel, qui s’ouvre ce 21 avril à Nyon, Suisse ! Six films de l’édition 2022 ! Et pour commencer, ne faisons pas la fine bouche et prenons cela lorsque ça se présente : la lenteur, la Méditerranée, les cigales, l’été, les caleçons de bain et, pendant qu’on y est, le coucher de soleil. C’est peu ou prou l’ambiance dans laquelle baigne Spartivento. Un moment suspendu entre un jeune homme et sa grand-mère – ou une vieille femme et son petit-fils, c’est selon. “On dit que le bonheur est dans les petites choses, et c’est précisément sur celles-ci que repose le regard attentif et sincère de Marco Piccarreda”, raconte Daniela Persico. Oui prenons la lumière quand elle nous est offerte, et les mots doux aussi, entre ces deux personnages qui profitent des instants qui leur sont donnés à être ensemble. “Une pure déclaration d’affection et une tendre tentative d’arrêter le temps, de figer une émotion au summum de la sérénité”…

De la lumière il y en a aussi chez Marie et Juliette. Ou plutôt : dans la “petite école” qu’elles ont toutes deux fondée à Bruxelles. Une école destinée aux enfants qui ont posé leur valise en Belgique, sans toutefois pouvoir encore accéder au circuit d’éducation classique. La lumière, elle est dans l’énergie mise à défendre ces enfants accueillis et dans l’attention que porte la réalisatrice aux personnes qu’elle a en face d’elle. Dans Éclaireuses, Lydie Wisshaupt-Claudel s’approche des personnes filmées “avec la douceur de celle qui veut capter au plus près la magie de la transmission”. Une délicatesse documentaire qui lui permet de montrer les sourires, le quotidien du groupe, les difficultés et la détermination de celles qui tous les jours veillent à ne surtout pas oublier, chez leurs élèves, l’enfance.


Nous avons peut-être tous, sans le savoir, accrochée au bas de notre dos, une sorte de très longue queue sans fin qui nous suit. Ou bien qui nous retient, on ne sait pas trop. Johanna Monnier, elle, nous la figure. Elle se promène dans les bois ou les champs labourés, se dépétrant de cet encombrant appendice, entravée qu’elle est par sa lourdeur. Dans J’ai énormément dormi, Clara Alloing met en scène son amie artiste dans diverses postures de la sorte, parée de diverses œuvres de sa création. Et toutes deux “nous font entrer dans un portrait onirique habité de fantasmes, de cauchemars, de deuil et de tendresse”. Et Johanna parle. Non pas vraiment de sa “démarche”, mais plutôt de sa nécessité, vitale. De son besoin de se trouver des “bords”, de ne plus “fuir”, percée qu’elle était, de donner une “peau” à ses émotions. On la suit, on l’écoute, et on plonge dans cet univers tendre, celui de Johanna, celui de Clara.

Notons que ce film a été accompagné par Tënk en 2021, et que Lola Balsas Jorge et Baptiste Desroches-Daudel, abonnés de Tënk, qui en rédigent l’avis, furent membres de la commission qui le sélectionna !

Aussi : nous vous proposons cette semaine le film d’un chien cinéaste. Mais pas que. C’est aussi le film de Maxime Martinot, qui n’est pas un chien. Dans Olho animal, il s’agit de trouver ce que serait un regard animal. Aidé non seulement d’amis canins mais aussi d’une productrice, le réalisateur cherche à fabriquer un film qui se détournerait du cinéma fait par, et pour les humains. Vaste chantier pour cette “comédie animalière” : l’œil animal, et notamment canin, est-il un œil innocent ?

Pendant qu’on y est, prenons le point de vue d’un satellite. Nous avons remis l’an dernier à Visions du Réel le prix Tënk-Opening Scenes au film Le Cercle vide, de Stéphanie Roland. Un court métrage qui tourne autour du Point Nemo. Cet endroit dans l’Océan Pacifique désigné comme point le plus éloigné, à 2 700 km, de la première âme humaine. Là – le saviez-vous ? – tombent les vaisseaux spatiaux obsolètes. Le fond marin en est jonché. Et le film nous fait vivre la vie d’un satellite, de sa conception à sa chute. Et nous fait presque nous y attacher : c’est que ce sont de beaux objets, ces créatures de l’intelligence humaine. C’est qu’on serait presque un peu mélancoliques, d’assister à leur chute.


Foragers est un film de Jumana Manna. Il se déroule en Palestine. Là, cueillir un artichaut peut valoir une amende. Ramasser du za’atar itou. “Il y aurait un côté comique à voir les cueilleur·ses palestinien·nes jouer au chat et à la souris avec les gardes des parcs israéliens pour quelques artichauts sauvages… oui, si nous n’étions dans cette zone du monde” écrit Éva Tourrent. La réalisatrice s’appuie sur cette situation absurde pour décrire un système d’oppression et de résistance, de lois prétendument écologiques qui ont un impact dramatique sur les traditions et la vie locales. En remettant en scène les interrogatoires subis par des habitants, elle appuie sur cette lutte pot de fer contre pot de terre. La situation est absurde, oui, mais “absurde” est un mot qui porte une certaine légèreté. Pourtant, érigé en système politique, il devient un carcan, auquel il est insupportable de se soumettre.

Bons films !